Catherine URSIN, artiste plasticienne, poétesse, performeuse

En résidence d'artiste à Lyon 3 | 2021 - 2022

À l'occasion de la 9ème édition de la Biennale Hors Normes de Lyon - BHN9






De la gestuelle picturale au sol jusqu’à l’expérience de la performance, le « corps » se situe au cœur de l’œuvre de Catherine URSIN. Corps dessiné, sculpté, photographié, violenté, torturé, toujours percutant et brutal, liaison entre passé et futur, instant suspendu entre rupestre et sidéral, en mouvement perpétuel...


 

Je vis comme une énorme machine qui mouline en continu, absorbant sans relâche, des tas de nourritures extérieures qui se bousculent, s’impatientent et s’enragent pour pénétrer à l’intérieur. Dans une cadence infernale, elles se plantent dans mon cœur, se logent dans mon ventre, m’envahissent et m’empêchent de respirer.

Corps et âme je me bats. Je les secoue, les retourne, les torture pour mieux les digérer, les apprivoiser, les faire miennes. Épuisée par cette lutte acharnée, rougie de rage et de sang, remplie comme une outre, débordante et dégoulinante, j’attends. J’attends fiévreusement le moment magique et sacré qui déclenchera l’ouverture des portes, les expulsant avec furie vers l’extérieur, les rendant à leur propre liberté.

Catherine URSIN


Elle puise l’énergie dans les échanges et convie des complices de jeu à une catharsis performée, comme l’artiste musicale Zinda REINHARDT dans la performance Rien :




« Sculpture, peinture, photographie, performance… L’œuvre de l’artiste plasticienne Catherine Ursin est transgressive, hétéroclite, inclassable. Pourtant, le corps, monstrueux et magistral, sans cesse réinvesti dans toute sa plasticité, y livre invariablement une réflexion sur l’invisible, l’inénarrable, et l’inaltérable heurt de l’existence.

Dénaturés, les corps renvoient toujours cependant à la nature de l’Homme. La défiguration corporelle est figuration du trauma, créant une homothétie entre le vécu et le corps, témoin mutique signifiant au-delà des mots. Hypertrophié et déformé, d’acrylique et de plastique, de pierre et de fer, de chair et de sang, le corps, exploré sous toutes ses coutures, se fait expérience primaire, première blessure, motif universel et archétypal.

Danse macabre, galerie d’ombres funestes et vivaces : la mort se mêle à la vie, le plaisir charnel à la décomposition des chairs. Ainsi s’esquisse, au gré des traits incisifs, de l’enchevêtrement de formes, de l’atrocité des détails, une esthétique de l’obscène. »


Guillaume BRAQUET
Professeur agrégé, doctorant
Université Jean Moulin Lyon 3



Alors, ô ma beauté ! Dites à la vermine
Qui vous mangera de baisers,
Que j'ai gardé la forme et l'essence divine
De mes amours décomposés !

Charles BAUDELAIRE
"Une Charogne", Fleurs du mal, 1857




« Sans relâche, Catherine URSIN questionne le vivant. Au-delà du bien et du mal, aux prises avec la matière, l’artiste plasticienne interroge ses sensations, ses intuitions, et sa raison.

Les corps qu’elle façonne sont des corps souffrants, désarticulés, fragmentés, désublimés ; à la fois singuliers et universels, ils semblent s’abîmer dans la douleur, avant qu’elle puisse les réparer, les suturer, et les faire revivre. Il s’agit de rendre compte de la brisure, de représenter le poids de la douleur, de rendre l’absence présente ; il s’agit de faire un état des lieux de ce qui nous détruit, et qui parfois en même temps nous nourrit.

Catherine URSIN sculpte, peint, pratique l’art vidéo et la performance, et donne à voir ce qu’il y a de plus secret en nous, ce qui nous habite, ce qui nous hante, ce que nous incorporons et ce qui paradoxalement nous incorpore. Ses corps nous contiennent en effet, de la même façon qu’ils se contiennent eux-mêmes, s’interpénètrent, et ils nous touchent, au sens littéral comme au sens figuré.

Les formes de Catherine URSIN travaillent à leur propre torsion, à leur propre défiguration, mais elles s’avèrent malgré tout plus humaines que jamais ; comment penser la mort alors que l’on est encore vivant ? Comment dire l’indicible alors qu’on a encore la parole ? Comment représenter l’irreprésentable alors que l’on est artiste ? Comment guérir, et comment accepter l’irrévocable ? Catherine URSIN ouvre son âme, et nous invite à une magistrale catharsis. »

Lawrence GASQUET
Professeur des Universités
Université Jean Moulin Lyon 3



Revendiquer l’informe ne veut pas dire revendiquer des non-formes, mais plutôt s’engager dans un travail des formes équivalent à ce que serait un travail d’accouchement ou d’agonie ; une ouverture, une déchirure, un processus déchirant mettant quelque chose à mort, et, dans cette négativité même, inventant quelque chose d’absolument neuf, mettant quelque chose au jour, fût-il le jour d’une cruauté au travail dans les formes et dans les rapports entre formes - une cruauté dans les ressemblances.

Georges DIDI-HUBERMAN
La Ressemblance Informe, 1995


 

AU PROGRAMME



Catherine Ursin - Fresque détail

 
Sans titre
FRESQUE MURALE

À partir du 31 août 2021
Manufacture des Tabacs, Resto’ U

Avec le soutien du CROUS de Lyon


Catherine URSIN propose une fresque murale pérenne aux interprétations multiples…
 





Vendredi 2 avril 2021

L’actualité me pèse un peu plus chaque jour.
Cette vie proposée, ou plutôt imposée, me met en suspens, sans avenir ni espoir d’une terre fertile où me (re)poser. Elle me fait dévier, inconsciemment, de mon projet initial. Je regarde mes croquis et mes recherches et y découvre une toute autre émotion. Des corps suspendus, livrés à eux-mêmes. Plus d’horizons, plus de haut ni de bas, plus de ciel ni de terre. Sans repères, ils naviguent à vue en eaux troubles et insipides, sans jamais rencontrer l’autre.
Solitude des corps dans un tourbillon commun.
Instantané d’une chute interminable.
 
 

Vendredi 6 mai 2021

Ces quelques jours passés à l’université in situ m’ont confirmée l’importance de s’adapter et s’ancrer dans ce lieu spécifique. Ils ont renforcé mon point de vue sur l’importance du respect du regard de l’autre et de son ressenti, tous deux primordiaux, variant d’un individu à l’autre.

Le titre de la fresque sera donc définitivement «sans titre» pour laisser la part belle à l’interprétation personnelle et intrinsèque de chacun, s’opposant et/ou se complétant. Je me réjouis de la polémique car l’œuvre d’art s’offusque de l’indifférence.



 

La liberté ou la mort
INSTALLATION PLASTIQUE ÉVOLUTIVE

1er septembre au 28 novembre 2021
Manufacture des Tabacs, Cour Sud

Vernissage
Lundi 20 septembre | 12h30

Inspirée par l’histoire révolutionnaire d’Haïti, son drapeau noir et rouge où viennent s’inscrire en lettre blanche la liberté ou la mort dès 1803... Touchée par les écrivains, cinéastes, artistes, plasticiens, vidéastes, haïtiens de toutes générations, de FRANKÉTIENNE à Ricardo BOUCHER, en passant par Jacques Stephen ALEXIS, Edna BLAISE, Raoul PECK, Pierre-Louis HÉROLD, et tant d’autres... Mais aussi influencée par les peintures de danses macabres, les costumes des fêtes des morts et les gravures de POSADA, Catherine URSIN réalisera une installation plastique poignante au cœur de la Manufacture des Tabacs.



Haïti m’a chavirée... Haïti m’a bouleversée... Haïti m’a ébranlée... Je lui voue une admiration sans failles, une inconditionnelle passion qui me berce dans une violente tendresse d’une famille retrouvée. (C. U.) 


 

Catherine Ursin - Mon jardin luxuriant "Vous êtes une fleur unique que le monde ne veut pas laisser vivre" *
EXPOSITION

1 septembre au 28 novembre 2021
Manufacture des Tabacs
Salle d’exposition

Vernissage 20 septembre | 12h30

Exposition de dessins, sculptures, installations, poèmes et vidéos de Catherine URSIN. La salle sera à la fois lieu d’exposition et de travail, en mouvement et changement perpétuels, s’agrémentant au fur et à mesure de nouvelles œuvres, de croquis, de textes, de vie…

En savoir plus

Catherine URSIN, "Mon jardin luxuriant"

* Antonin ARTAUD
Suppôts et Supplications, 1947



 

Encore est un temple
PERFORMANCE PLURIDISCIPLINAIRE

Jeudi 4 novembre 2021 | 18h
Manufacture des Tabacs, Salle d’exposition

Avec Kenny OZIER-LAFONTAINE, CHARKO & Catherine URSIN

En partenariat avec l’Espace Pandora dans le cadre du festival Parole Ambulante

Infos & inscriptions


« L’enfance, la mort et le rêve sont notre point de départ.
Trois mots pour trois protagonistes.
Trois artistes pour trois moyens d’expressions,
la poésie,
la musique
et la peinture.

Catherine URSIN - Encore est un temple

Nous voulons confronter nos trois techniques et chercher l’endroit
où elles se rejoignent et se complètent,
intégrant regards et écoutes de l’autre.
Mais aussi trouver les limites, chercher le point de rupture qui
empêche, annule ou distord l’expression de l’autre.
Aller retour entre respect et irrévérence, silence et cri,
immobilité et mouvement, complicité et désaccord.
Aller jusqu’au bout de nos propres limites,
de nos épuisements et de nos différences.
Pour cette performance,
nous puiserons dans nos enfances,
convoquerons nos morts
mais n’oublierons jamais nos rêves.
Encore
et encore... »





Catherine URSIN - Dilemme amer

Dilemme amer
PERFORMANCE

Mercredi 23 mars | 15h
Manufacture des Tabacs

Avec Gilles U. & Catherine URSIN

À l'occasion de la Semaine d’actions et d’éducation contre le racisme et l’antisémitisme



La performance questionne l’état de choix tragique et de décision insoutenable impactée par une situation critique alors que nos démocraties prônent l’égalité des êtres humains. Performance en écho notamment aux questions d’accueil des réfugiés.

« Qui doit être sauvé quand tout le monde ne peut l’être ?
L’art est-il la catharsis du monde ?
Comment gérer la culpabilité et vivre avec la tragédie du choix ?
L’entraide est-elle encore possible l’un envers l’autre ? »


 

Je me suis fondu dans la grande histoire
ATELIER TRANSDISCIPLINAIRE COLLECTIF

Année universitaire 2021-22

Restitution dans le cadre du festival L’Art au Moulin
Jeudi 31 mars | 18h
Manufacture des Tabacs

Dirigé par Catherine URSIN, Guy DALLEVET & LOREN

Projet en partenariat avec
la Cie CHATHA en résidence d’artistes à Lyon 3 & Envie Rhône-Alpes


Atelier transdisciplinaire et collectif de création plastique (toutes techniques confondues) et d’écriture poétique croisant la musique, le chant et le geste. Cet atelier ouvert aux étudiants de Lyon 3 (avec bonification culture) et au personnel de l’université se voudra comme une fabrique d’observation du soi, de l’autre et du commun. Visions sur le monde extérieur se confrontant à l’intime, de son for intérieur vers l’universel, aller-retours en interaction et en mouvements incessants au travers de masques, dans le sens africain du terme, c’est à dire qui se composent du visage du masque, du costume avec tous ses accessoires et du porteur lui-même. Pour ensemble faire œuvre commune dans une performance dansée.

En savoir plus

[...] notre art à nous tend à la plus exacte représentation sensuelle de la réalité, à l’intuition créatrice, au caractère, à la puissance expressive. Cet art ne recule pas devant la difformité, le choquant, le contraste violent, devant l’antithèse en tant que moyen d’émotion et d’investigation esthétique [...].

Jacques Stéphen Alexis
écrivain, homme politique et médecin haïtien

PARTENAIRES
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