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LEPIN Nicolas

Transition énergétique et transformation sociale. Trajectoire, limites et espoirs des coopératives de production d'énergie renouvelable au sein des territoires ruraux

Publié le 7 juillet 2026 Mis à jour le 7 juillet 2026

Thèse en Géographie-aménagement, soutenue le 06/07/2026.

Dans un contexte d’impératif de transition énergétique, cette thèse a pour objet l’étude d’une innovation sociale, les coopératives d’énergies renouvelables (coop-EnR). Les coop-EnR sont des entreprises ayant des activités de production et/ou de distribution et/ou de fourniture d’énergies renouvelables généralement à l’échelle locale, associant une diversité d’acteurs à leur gouvernance et au financement des projets. Inscrites dans le mouvement de l’énergie citoyenne, elles promeuvent une démocratisation de l’énergie. L’objet de cette thèse est d’étudier dans quelle mesure cette innovation sociale contribue à la transformation du système énergétique, dans le contexte français. Nous nous intéresserons particulièrement aux coop-EnR opérant au sein du secteur de la chaleur, peu étudié jusqu’ici. Cette thèse s’appuie sur une recherche-action menée au sein de la SCIC ERE43, Coop-EnR pionnière dans le secteur de la chaleur citoyenne. Sur le plan opérationnel, la recherche-action vise à consolider ERE43, faisant notamment face à un besoin d’évolution de sa gouvernance et de consolidation économique, ainsi qu’à bâtir une possible stratégie de diffusion par essaimage. Les données collectées sont ensuite analysées pour répondre à la question de recherche, à l’aide d’un cadre théorique pluridisciplinaire croisant les Sustainability Transition Studies, les sciences de gestion, l'économie sociale et l'économie territoriale. Notre étude du contexte sociohistorique (partie 1) montre que les coop-EnR émergent et se développent au XXIe siècle, profitant de la fenêtre d’opportunité ouverte par la libéralisation, la territorialisation et la mise en oeuvre des politiques de transition énergétique. Elles co-existent au côté de diverses formes d’opérateurs énergétiques publics et privés. Elles forment en France un mouvement assez hétérogène du fait de la diversité de leurs initiateurs, des réseaux dédiés à leur émergence, des filières qu’elles investissent, jusqu’aux termes les caractérisant. L'étude de la trajectoire d'ERE43 (partie 2) met en évidence les éléments innovants d'un nouveau modèle d'opérateur énergétique territorial, mais aussi les tensions internes traversées : pressions sur le modèle économique, risques de dégénérescence démocratique et dérive de mission, ainsi que les leviers expérimentés pour y résister. La pérennité du modèle dépend de la capacité des acteurs à conduire un travail d’introspection et d’adaptation chemin faisant, mais également de l’insertion de l’initiative au sein de réseaux inter-coopératifs permettant d’agir sur le cadre institutionnel, afin de ne pas continuellement en subir les pressions isomorphiques. Nous étudions enfin, à une échelle plus large, la relation entre innovation et transformation sociale, notamment à travers l’étude du rôle des réseaux d’initiatives (partie 3). Après avoir retracé la mise en réseau des acteurs, nous avons analysé leur rôle, contribuant à la diffusion des modèles, à leur pérennisation ainsi qu’à leur encastrement culturel et formel. En retour, nous avons observé comment le processus d’institutionnalisation peut altérer l’innovation, générant différentes tensions typiques d’une trajectoire dite d’hybridation, plaçant l’innovation dans une dialectique entre exposition aux logiques institutionnelles dominantes et isolement. Cette thèse explore ainsi la complexité des relations entre innovation et transformation sociale, et met en lumière les difficultés rencontrées par des initiatives alternatives locales et leurs réseaux dans leur ambition de peser sur le système. Elle a contribué à des changements observables au sein d'ERE43 et à la structuration du réseau de la chaleur citoyenne au sein du mouvement Energie Partagée.

Mots-clés : Transition énergétique ; Innovation sociale ; Coopérative ; Chaleur renouvelable ; Réseaux ; Transformation sociale

In the context of an imperative energy transition, this thesis examines a particular social innovation: renewable energy cooperatives (RECs). RECs are enterprises engaged in the production and/or distribution and/or supply of renewable energy, generally at the local scale, involving a diversity of stakeholders in their governance and in the financing of projects. Embedded in the citizen energy movement, they promote the democratization of energy. The aim of this thesis is to examine the extent to which this social innovation contributes to the transformation of the energy system in the French context, with particular attention to RECs operating in the heat sector, which has received little scholarly attention to date. This thesis draws on action research conducted within ERE43, a cooperative society of collective interest (SCIC) and a pioneer in the citizen heat sector. At the operational level, the action research aimed to consolidate ERE43 — which was facing pressing needs in terms of governance reform and economic consolidation — and to explore a possible scaling strategy through replication. The data collected were then analysed to address the research question, using a multidisciplinary theoretical framework drawing on Sustainability Transition Studies, management sciences, social economy, and territorial economics. Our study of the socio-historical context (Part 1) shows that RECs emerged and developed in the twenty-first century, taking advantage of the window of opportunity opened by the liberalization, territorialization, and implementation of energy transition policies. They coexist alongside various forms of public and private energy operators. In France, they form a relatively heterogeneous movement, reflecting the diversity of their initiators, the networks dedicated to their emergence, the energy sectors they operate in, and even the terms used to describe them. The study of ERE43's trajectory (Part 2) highlights the innovative features of a new model of territorial energy operator, while also revealing the internal tensions it faces: pressures on the economic model, risks of democratic degeneration and mission drift, as well as the levers experimented with to resist them. The sustainability of the model depends on the actors' capacity for ongoing introspection and adaptation, as well as on the initiative's integration within inter-cooperative networks capable of acting on the institutional framework. Finally, at a broader scale, we examine the relationship between innovation and social transformation, particularly through the study of the role played by networks of initiatives (Part 3). After retracing the networking of actors, we analysed their role in disseminating models, ensuring their sustainability, and fostering their cultural and formal embeddedness. In turn, we observed how the institutionalization process can alter innovation, generating various tensions characteristic of a hybridization trajectory, placing the innovation in a dialectic between exposure to dominant institutional logics and isolation. This thesis explores the complexity of the relationships between innovation and social transformation, and sheds light on the difficulties encountered by local alternative initiatives and their networks in their efforts to influence the broader system. It has contributed to observable changes within ERE43 and to the structuring of the citizen heat network within the Énergie Partagée movement.

Keywords: Energy transition ; Social transformation ; Cooperative ; Renewable heat ; Networks ; Social transformation


Direction de thèse : Mme Muriel MAILLEFERT

Membres du jury :

  • Mme Muriel MAILLEFERT, Professeure des universités, Université Jean Moulin Lyon 3, Directrice de thèse
  • Mme Nathalie KROICHVILI, Professeure des universités, Université de Technologie de Belfort-Montbéliard, Rapporteure
  • M. Tom BAULER, Professeur, Université Libre de Bruxelles, Rapporteur
  • Mme Nadine ROUDIL, Professeure des Ecoles Nationales Supérieures d'Architecture, École Nationale Supérieure d'Architecture de Paris Val-de-Seine, Examinatrice
  • M. Gilles DEBIZET, Professeur des universités, Université Grenoble Alpes, Examinateur

Présidence du jury : M. Gilles DEBIZET