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DUMONT Noémie
Hispanus ludens. Du gouvernement des joueurs : le jeu d'échecs dans l'Espagne de la première modernité (1475-1561)
Thèse en Lettres, Langues, Linguistique et Arts, soutenue le 10/11/2025.
Après la modification des règles du jeu d’échecs en Espagne à la fin du Moyen Âge, attestée dans un manuscrit valencien, l’émergence de l’imprimerie permet la diffusion du nouveau règlement et des nouvelles stratégies à travers une littérature didactique spécialisée. À partir de cette production textuelle échiquéenne caractéristique de la période de transition entre la nomenclature médiévale et moderne, ce travail a pour objectif de saisir la place et la fonction du jeu d’échecs au sein de la société hispanique de la première modernité. L’évolution de la réglementation technique du jeu s’accompagne d’un renouvellement des symboliques traditionnellement associées à l’échiquier. Les images amoureuses, morales, sociales, politiques et militaires du jeu d’échecs se transforment et participent de l’élaboration d’un discours normatif à destination des lecteurs-joueurs, un lectorat spécifique issu des élites socio-politiques et socio-culturelles de l’époque. Au cours de la première moitié du XVIe siècle, la question de l’encadrement des comportements des joueurs croise la question juridique de l’encadrement des jeux. Dans un contexte où de nombreux jeux sont frappés de suspicion ou d’interdiction, le jeu d’échecs bénéficie d’un statut singulier : il est non seulement licite, mais il est aussi promu comme utile, vertueux et est même décrit comme un art et une science nécessaires. La légitimation du jeu s’accompagne d’un mouvement réciproque de légitimation de normes sociales et de valeurs dominantes, visible dans les discours didactiques autour du jeu d’échecs, qui transmettent un idéal de gouvernement des conduites centré sur la raison, et renforcent un imaginaire collectif élitaire attaché aux valeurs militaires.
Mots-clés : Jeux ; Jeu d'échecs ; Élites ; Espagne ; Première modernité ; Histoire des joueurs d'échecs
After the change in the chess rules in late medieval Spain, as attested by a Valencian manuscript, the emergence of printing enabled the diffusion of the new rules and strategies through a specialized didactic literature. Based on this chess-related textual production which characterizes the transitional period between medieval and modern nomenclatures, this work aims to comprehend the place and function of chess within the society of early modern Spain. The evolution of the game's technical regulation is accompanied by a renewal of the symbolic meanings traditionally associated with the chessboard. Amorous, moral, social, political, and military representations of the game are transformed and contribute to the construction of a normative discourse aimed at reader-players—a specific readership drawn from the socio-political and cultural elites of the time. In the first half of the sixteenth century, the regulation of players' behavior intersects with the broader legal regulation of games. In a context where many recreational activities are met with suspicion or prohibition, chess enjoys a singular status: not only is it considered licit, but it is also promoted as useful, virtuous, and even described as a necessary art and science. The legitimation of chess is paralleled by the legitimation of dominant social norms and values, as reflected in didactic discourses on the game. These discourses convey an ideal of conduct conceived as a rational mode of government, and reinforce a collective elite imaginary tied to military values.
Keywords: Games ; Chess ; Elites ; Spain ; Early modern period ; History of chess players
Membres du jury :
- Mme Marina MESTRE ZARAGOZÁ, Professeure des universités, Université Jean Moulin Lyon 3, Directrice de thèse
- Mme Alexandra MERLE, Professeure des universités, Université de Caen Normandie, Rapporteure
- M. Jean-Frédéric SCHAUB, Directeur d'études, École des hautes études en sciences sociales, Rapporteur
- Mme Hélène THIEULIN-PARDO, Professeure des universités, Sorbonne Université, Examinatrice
- M. Alexandre BATALLER CATALÀ, professeur titulaire, Université de Valence, Examinateur
- Mme Amandine MUSSOU, Maîtresse de conférences, Université Paris Cité, Examinatrice
- Mme María Luisa GÓMEZ-IVANOV, Chair professor, Université d'état du Texas, Examinatrice
Présidence du jury : Mme Hélène THIEULIN-PARDO
