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BARBAUT Léa

Transition vers l’économie circulaire de la filière française de l’emballage plastique : business model et perspective sociotechnique

Publié le 21 octobre 2026 – Mis à jour le 21 octobre 2026

Thèse en Sciences de gestion, soutenue le 19/10/2026.

L’emballage plastique occupe une place centrale dans les systèmes agroalimentaires, en assurant la protection, la conservation et le transport des produits consommés. Cette omniprésence a un coût environnemental important. En France, la consommation annuelle de plastique est estimée à environ 4,9 millions de tonnes, dont près de 43 % sont destinées aux emballages, tandis que leur taux de recyclage demeure inférieur à 26 %, contre 42,1 % en moyenne européenne (Eurostat, 2025). Face à ce constat, l’économie circulaire s’est imposée comme le principal cadre d’action des politiques publiques. Cette dernière vise à substituer à la logique linéaire « extraire-produire-jeter » des mécanismes de réduction, de réemploi, de recyclage et de récupération des matériaux (Kirchherr et al., 2017). En France, cette ambition s’est notamment concrétisée avec la loi AGEC de 2020, puis par le règlement européen sur les emballages et déchets d’emballages (PPWR, 2025). Pourtant, un écart persiste entre les ambitions politiques de l’économie circulaire et les transformations effectivement observées dans la filière. C’est cet écart qui constitue le point de départ de notre recherche : comprendre comment une filière peut s’engager, ou peine à s’engager, dans une transition vers un modèle circulaire. Pour comprendre cette transition, la recherche retient deux dimensions complémentaires. La première porte sur les business models des acteurs de la filière — pétrochimistes, transformateurs, metteurs en marché et recycleurs — et sur leurs interdépendances. La seconde concerne le rôle d’organisations tierces, c’est-à-dire d’acteurs intermédiaires — pôles de compétitivité, éco-organismes et centres techniques — qui participent à la transition par leurs missions d’accompagnement (Kivimaa et al., 2019). À partir de cette double entrée analytique, la recherche s’organise autour de la question de recherche suivante : Comment les interactions dynamiques entre les business models, les intermédiaires et les politiques publiques façonnent-elles la transition de la filière française de l'emballage plastique vers l'économie circulaire ? Sur le plan théorique, cette recherche mobilise la perspective multi-niveaux (Multi-Level Perspective, MLP), afin d’analyser les dynamiques de transformation de la filière (Geels, 2004). Si la MLP fournit un cadre robuste pour analyser les dynamiques d’une transition durable (Geels, 2019), plusieurs travaux en soulignent les limites pour saisir les médiations organisationnelles, les pratiques d’acteurs et les dispositifs par lesquels ces dynamiques se traduisent en transformations opérationnelles (Bidmon et Knab, 2018 ; Aagaard et al., 2026).  Cette recherche propose d’éclairer ces dimensions en articulant la MLP avec les travaux sur les intermédiaires de transition et la littérature sur les business models. Sur le plan méthodologique, cette thèse adopte une démarche qualitative abductive, à partir d’une étude de cas unique. Les données reposent sur 44 entretiens semi-directifs réalisés entre 2023 et 2025 auprès d’entreprises de la filière (n = 31) et d’organisations tierces (n = 13), complétés par des données secondaires. L’analyse a été conduite selon la méthode de Gioia et al. (2013), avec l’appui de NVivo. Cette recherche apporte plusieurs contributions. Sur le plan théorique, elle contribue à enrichir la littérature sur les transitions sociotechniques en éclairant le rôle des business models et des intermédiaires de transition dans les dynamiques analysées par la MLP. Sur le plan politique, elle invite à concevoir des politiques publiques attentives au maintien d’une diversité de trajectoires d’innovation, afin d’éviter un verrouillage autour des seules solutions compatibles avec les pratiques existantes. Sur le plan managérial, elle invite les acteurs de la filière à évaluer leurs stratégies non seulement à partir de leur cohérence interne, mais aussi à partir de leur articulation avec leur environnement externe.

Mots-clés : Économie circulaire ; Business model ; Transition sociotechnique ; Filière ; Perspective multi-niveaux ; Intermédiaires

Plastic packaging is a key component of agri-food systems, contributing to the protection, preservation and transportation of consumer products. This omnipresence entails significant environmental costs. In France, annual plastic consumption is estimated at 4.9 million tonnes, nearly 43% of which is used for packaging, while the recycling rate for plastic packaging remains under 26%, below the European average of 42.1% (Ministère de la Transition écologique, 2025; Eurostat, 2025). In response, the circular economy has emerged as a central policy framework, aiming to move beyond the linear “take-make-dispose” model through reduction, reuse, recycling and material recovery (Kirchherr et al., 2017). In France, this ambition has been embodied in the 2020 Anti-Waste Law for a Circular Economy (AGEC) and reinforced at the European level by the Packaging and Packaging Waste Regulation (PPWR, 2025). Yet a gap persists between circular economy policy ambitions and the transformations observed within the value chain. This thesis therefore examines the conditions under which the historically linear French plastic packaging value chain engages, or struggles to engage, in a transition towards a circular economy. The research focuses on two complementary dimensions: the business models of value chain actors — petrochemical companies, converters and packaging manufacturers, FMCG firms and recyclers — and the role of intermediary actors, including competitiveness clusters, Producer Responsibility Organisations (PROs) and technical centres. It addresses the following research question: How do dynamic interactions between business models, intermediaries and public policies shape the transition of the French plastic packaging value chain towards a circular economy? Theoretically, the thesis draws on the Multi-Level Perspective (MLP) on sociotechnical transitions (Geels, 2002; Geels and Schot, 2007), which analyses transition dynamics through interactions between niches, regimes and landscapes. While the MLP provides a robust framework for studying sustainability transitions (Geels, 2019), it pays less attention to the organisational mediations, actor practices and mechanisms through which transitions are translated into operational change. To address this limitation, the research combines the MLP with the literature on transition intermediaries and business models. Transition intermediaries are particularly relevant in the case of the circular economy, where transition processes require the coordination of actors belonging to distinct value chains. The business model literature, in turn, highlights the economic, organisational and strategic conditions through which innovations become viable, diffuse beyond niches and contribute to sociotechnical transitions (Bidmon and Knab, 2018). Methodologically, the thesis adopts a qualitative abductive approach based on a single case study. The primary data consist of 44 semi-structured interviews conducted between 2023 and 2025 with companies in the value chain (n = 31) and third-party organisations (n = 13), supplemented by secondary sources. The analysis was conducted using the Gioia et al. (2013) coding method, with the support of NVivo. This research makes several contributions. Theoretically, it enriches the literature on sociotechnical transitions by shedding light on the role of business models and transition intermediaries in the dynamics analysed by the MLP. From a policy perspective, this research highlights the need for public policies that preserve a diversity of innovation trajectories, in order to avoid locking the value chain into solutions that remain compatible with, rather than transformative of, existing practices. From a managerial perspective, it frames the adaptation of business models to the circular economy as a collective and inter-organisational process, encouraging actors to assess their strategies in relation to the broader value chain environment in which they operate.

Keywords: Circular economy ; Business model ; Sociotechnical transition ; Value chain ; Multi-level perspective ; Intermediaries


Direction de thèse : Mme REVEST-ARLIAUD Valérie

Membres du jury :

  • Mme REVEST-ARLIAUD Valérie, Professeure des universités, Université Jean Moulin Lyon 3, Co-directrice de thèse
  • M. GOY Hervé, Professeur des universités Université, Jean Moulin Lyon 3, Co-directeur de thèse
  • Mme GILLET-MONJARRET Claire, Professeure des universités, Université de Montpellier, Rapporteure
  • M. DEMIL Benoit, Professeur des universités, Université de Lille, Rapporteur
  • Mme SCHAEFFER Véronique, Professeure des universités Université de Strasbourg, Examinatrice
  • M. FULCONIS François, Professeur des universités, Avignon université, Examinateur

Présidence du jury : Mme SCHAEFFER Véronique