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ARNAUD Julie
La confiance commune. La démocratie d'un point de vue psychologique chez John Dewey
Thèse en Philosophie mention Philosophie contemporaine, soutenue le 09/07/2026.
Cette thèse propose une relecture de ce que le philosophe pragmatiste John Dewey comprend par démocratie, afin d’en expliciter la dimension psychologique. Elle répond ainsi à trois objectifs. Premièrement, elle souhaite montrer que les interprétations épistémique et éthique qui en ont été faites jusqu’à présent sont incomplètes. Si Dewey comprend la démocratie, empiriquement, comme une manière qu’ont les individus de s’ajuster avec leur environnement dont l’une des caractéristiques est le partage étendu d’intérêts dits alors politiques ou « publics », une telle « attitude » ne saurait se réduire à l’utilisation d’une méthode de gestion de ces intérêts (l’« enquête sociale »), ni même à la définition d’un idéal (de « Grande Communauté »). Elle implique plutôt des modes de comportement (cognitifs, volitifs/pratiques et affectifs), que la psychologie, comprise comme strict outil d’analyse de l’expérience, peut aider à clarifier. Dès lors, deuxièmement, cette thèse vise à approfondir la compréhension de la fonction psychologique que Dewey accorde à la modalité affective du comportement. S’il s’agit d’emblée d’écarter toute interprétation émotiviste, qui contreviendrait à l’anti-fondationnalisme de Dewey, la critique que ce dernier adresse à toutes les formes de substantialisation requiert dans le même temps de n’éliminer dans l’analyse aucune condition de l’expérience. Il s’agit donc d’étudier les processus affectifs (émotionnel et imaginatif) impliqués dans l’attitude démocratique comme l’une des conditions de sa mise en œuvre, nécessaire mais non suffisante, et pensée en coordination avec ses autres conditions (les autres modalités du comportement et les facteurs environnementaux). Dans ce cadre, troisièmement, cette thèse montre que ce que le pragmatiste appelle la « confiance commune » constitue une condition à part entière du bon fonctionnement démocratique d’une société. Caractérisée comme une forme d’énergie sociale, cette confiance semble agir comme un opérateur affectif de pré-vision de la portée politique des intérêts qui affectent les individus, nécessaire pour motiver la mobilisation méthodique de connaissances sociales afin de réaliser l’idéal d’une communauté politique démocratique. Et réciproquement, l’expérience commune qui peut en résulter, toujours provisoire, alimenterait alors cette énergie pour les expériences à venir. La confiance commune est donc, dans la caractérisation deweyenne de la démocratie, un concept psychologique tout aussi important que le concept épistémique d’enquête, et que le concept éthique d’idéal. Dès lors, l’enjeu final de cette relecture est de comprendre la manière qu’a Dewey, à partir de la question démocratique, de reconstruire la théorie sociale, en l’inscrivant dans la continuité d’un certain empirisme dissident (David Hume, William James), ce qui permet alors de le considérer comme une alternative aux autres modèles de théorie sociale qui lui sont contemporains (notamment la psychologie sociale de Gustave Le Bon ou de Gabriel Tarde, l’anthropologie politique de Walter Lippmann ou la sociologie d’Émile Durkheim).
Mots-clés : Démocratie ; Pragmatisme ; Empirisme ; Psychologie sociale ; Imagination ; Émotions
This thesis offers a rereading of what John Dewey, the pragmatist philosopher meant by democracy in order to make its psychological dimension explicit. Its purposes are threefold. Its first aim is to show that the epistemic and ethical interpretations which have been made so far are not complete. If Dewey understood democracy empirically speaking as a way for individuals to adjust themselves to their environment ; one of the features being the extended sharing of interests which are then called political or « public », such an « attitude » cannot be reduced to the use of a method to control these interests (the « social inquiry »), neither to the definiton of an ideal (the « Great Community »). It rather implies modes of behaviour (cognitive, volitional/practical and affective) that psychology, if it is regarded as a strict tool for analyzing experience, can help to clarify. Secondly this thesis aims to deepen the understanding of the psychological function Dewey assigned to the affective mode of behaviour. If it cannot consist in an emotivist interpretation, because it would go against Dewey’s anti-foundationalism, the criticism the latter made of all the kinds of substantialisation demands at the same time that no condition of experience be excluded from the analysis. Thus, the purpose is to study the affective processes (both emotional and imaginative) which are implied in democratic attitude as one of the necessary but not sufficient conditions of its realisation and which is thought in along with its other conditions (the other modes of behaviour and the environnemental factors). Thirdly, in this context, this thesis shows that what the pragmatist called « common faith » constitutes a full condition for the effective democratic functioning of a society. Described as a form of social energy, this faith works as an affective operator of pre-vision of the political significance of interests which affect individuals, an element which is necessary to stimulate the methodical mobilisation of social knowledge to achieve the ideal of a democratic political community. And at the same time, the always temporary common experience which can result reciprocally supplies this energy for the future experiences. So in the way Dewey regarded democracy, common faith seems to be considered as a psychological concept which is as significant as the epistemic concept of inquiry and the ethical concept of ideal. Therefore, the ultimate purpose of this rereading is, from the problem of democracy, to understand Dewey’s way of reconstructing social theory, along the same lines as a a certain radical empiricism (David Hume, William James), which allows us to consider it as an alternative to other contemporary models of social theory (including Gustave Le Bon and Gabriel Tarde’s social psychology, Walter Lippmann’s political anthropology or Émile Durkheim’s sociology).
Keywords: Democracy ; Pragmatism ; Empiricism ; Social Psychology ; Imagination ; Emotions
Direction de thèse : M. Stéphane MADELRIEUX
Membres du jury :
- M. Stéphane MADELRIEUX, Professeur des universités, Université Jean Moulin Lyon 3, Directeur de thèse
- M. Claude GAUTIER, Professeur des universités, école normale supérieure de Lyon, Co-directeur de thèse
- Mme Claire ETCHEGARAY, Maîtresse de conférences habilitée à diriger des recherches, Université Paris Nanterre, Rapporteure
- Mme Roberta DREON, Professeure ordinaire, Université Ca' Foscari de Venise, Rapporteure
- Mme Mélanie PLOUVIEZ, Professeure des universités, université Côte d'Azur, Examinatrice
- M. Roberto FREGA, Directeur de recherche, École des hautes études en sciences sociales, Examinateur
- M. Mathias GIREL, Maître de conférences habilité à diriger des recherches, école normale supérieure, Examinateur
Présidence du jury : Mme Mélanie PLOUVIEZ
