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VILLEVIEILLE Sébastien

Rome à Byzance : constructions byzantines d'un passé romain, IXe-Xe siècles

Publié le 30 mars 2026 Mis à jour le 30 mars 2026

Thèse en Sciences Sociales, soutenue le 27/03/2026.

L’étude de la réception de l’Antiquité dans le mode byzantin médiéval et particulièrement des IXe et Xe siècles a longtemps été délaissée, cantonnée à un inventaire savant des riches connaissances que les scribes médiévaux ont extrait des sources antiques depuis perdues. Pourtant, ces érudits médiévaux (copistes, chroniqueurs, compilateurs, hagiographes) sont loin d’avoir été des copistes passifs, qui auraient transmis aveuglement l’ensemble des connaissances qu’ils ont hérité de leurs ancêtres. À partir de connaissances vastes et variées, ils ont plutôt reconstruit un monde ancien aligné avec leurs valeurs, où le passé est une préfiguration du présent. Dans ce monde ancien pensé comme un miroir de leur temps, ils ont sélectionné, adapté, transformé le matériau à leur disposition pour qu’il coïncide mieux avec les nécessités et les revendications du présent, dans une Méditerranée où leur prétention à la romanité exclusive est parfois contestée. La thèse s’organise autour de trois temps où sont étudiés les différents aspects de ce monde romain réinventé au Moyen Âge. Il s’agit tout d’abord d’étudier les fondations de ce monde ancien reconstitué : les Byzantins adaptent la structure du récit dont ils héritent, et l’ancrent très largement dans les régions orientales de la Méditerranée, pour souligner la continuité ininterrompue entre Rome et Constantinople. À partir de sources avant tout issues de l’Antiquité tardive, ils transforment aussi le tempo du récit, et le recentrent autour de figures et de règnes qu’ils considèrent comme importants. Ensuite, il est intéressant d’évoquer la compréhension byzantine de ce qui faisait la culture des anciens Romains : les Romains médiévaux se concentrent bien davantage sur ce qui existe encore de leur temps, comme les courses à l’hippodrome, et sur les auteurs anciens dont ils peuvent encore lire les pages à Constantinople. Dans ce maëlstrom de connaissances, les Byzantins sélectionnent les figures anciennes qui correspondent à leur référentiel de valeurs chrétien, et passent souvent sous silence ce qu’ils détestent dans la vie de leurs prédécesseurs. Enfin, il est aussi nécessaire d’étudier la Rome d’atmosphère, ou la réception et la réutilisation en contexte de la Rome ancienne à l’époque médiévale. Les exemples et les contrexemples issus du passé même très ancien sont régulièrement utilisés dans diverses sources : dans les discours contemporains, pour appuyer des arguments mais parfois aussi alimenter la polémique, mais aussi dans les productions hagiographiques, pour servir d’exemple ou de repoussoir utiles à l’édification des croyants médiévaux. Il s’agit ainsi d’envisager dans une perspective aussi bien quantitative que qualitative une réception médiévale de l’Antiquité romaine, au croisement à la fois de l’histoire des textes, de l’histoire culturelle et intellectuelle, pour produire une étude globale de la reconstruction d’une histoire de l’Antiquité romaine à Constantinople pendant le « Premier humanisme byzantin », pensée par des médiévaux pour des médiévaux.

Mots-clés : Histoire byzantine ; Histoire culturelle ; Histoire des textes ; Antiquité romaine ; Rome ; Constantinople

The study of the reception of Antiquity in the medieval Byzantine world, particularly in the 9th and 10th centuries, has long been neglected, confined to a scholarly inventory of the rich knowledge that medieval scribes extracted from ancient sources that have since been lost. However, these medieval scholars (copyists, chroniclers, compilers, hagiographers) were far from being passive copyists who blindly transmitted all the knowledge they had inherited from their ancestors. Drawing on their vast and varied knowledge, they instead reconstructed an ancient world aligned with their values, where the past was a foreshadowing of the present. In this ancient world, conceived as a mirror of their own time, they selected, adapted and transformed the material at their disposal to better coincide with the needs and demands of the present, in a Mediterranean where their claim to exclusive romanity was sometimes contested. The thesis is organized around three sections, each examining different aspects of this Roman world as it was reinvented in the Middle Ages. First, it examines the roots of this reconstructed ancient world: the Byzantines adapted the narrative structure they inherited and anchored it largely in the eastern Mediterranean regions to emphasize the unbroken continuity between Rome and Constantinople. Drawing primarily on sources from Late Antiquity, they also transformed the tempo of the narrative, refocusing it on figures and reigns they considered important. Next, it is interesting to mention the Byzantine understanding of what constituted the culture of the ancient Romans: medieval Romans focused much more on what still existed in their time, such as races at the hippodrome, and on ancient authors whose works they could still read in Constantinople. In this maze of knowledge, the Byzantines select ancient figures who fit their Christian values and often ignore what they dislike about the lives of their predecessors. Lastly, it is also necessary to study the « Rome d’atmosphère », or the reception and reuse of ancient Rome in the medieval period. Examples and counter-examples from the distant past are regularly used in various sources: in contemporary discourse, to support arguments but sometimes also to fuel controversy, as well as in hagiographic works, to serve as useful examples or contrasts for the edification of medieval believers. The aim is therefore to consider, from both a quantitative and qualitative perspective, the medieval reception of Roman Antiquity, at the crossroads of textual history, cultural history and intellectual history, in order to produce a comprehensive study of the reconstruction of a history of Roman Antiquity in Constantinople during the ‘First Byzantine Humanism’, conceived by medieval scholars for a medieval audience.

Keywords: Byzantine history; Cultural history; History of texts; Rome; Constantinople; Roman Empire


Membres du jury

  • Mme Marie-Céline ISAIA, Professeure des universités, Université Jean Moulin Lyon 3, Directrice de thèse
  • Mme Annick PETERS-CUSTOT, Professeure des universités, Université de Nantes, Co-directrice de thèse
  • M. Vivien PRIGENT, Directeur de recherche, CNRS- Collège de France, Rapporteur
  • M. Vincent PUECH, Maître de conférences habilité à diriger des recherches, Université de Versailles Saint Quentin-en-Yvelines, Rapporteur
  • Mme Béatrice CASEAU, Professeure des universités, Sorbonne Université (Paris 4), Examinatrice
  • M. Niccolò ZORZI, Professore ordinario, Université de Padoue (Italie), Examinateur


Présidence du jury : Mme Béatrice CASEAU