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Romain TOURON

La préfecture du prétoire d’Orient et les finances impériales, acteurs et procédures (IVe-VIe siècle)

Publié le 19 mars 2026 Mis à jour le 19 mars 2026

Thèse en Sciences Sociales, soutenue le 26/09/2025.

La préfecture du prétoire est, sous l’époque tardo-antique, une institution majeure de l’administration impériale. Exerçant essentiellement des fonctions militaires sous le Haut-Empire, la préfecture du prétoire est réformée en profondeur sous le règne de Constantin : elle est investie d’attributions judiciaires et fiscales pour un ensemble de provinces. La préfecture du prétoire d’Orient administre, entre le IVe et le début du VIIe siècle, un immense territoire, riche et densément peuplé, dont certaines provinces sont essentielles aux finances de l’Empire. Il n’existe pas d’administration fiscale unifiée, mais la préfecture du prétoire joue un rôle essentiel dans son fonctionnement : établissement des besoins de l’État, perception des impôts, dépenses publiques, émission de décrets administratifs, missions d’inspections, réception de pétitions et d’ambassades, etc. Au service du préfet, un certain nombre de fonctionnaires (praefectiani) permettent l’accomplissement de ces missions : relativement nombreux, ces agents peuvent agir aussi bien dans les bureaux centraux de la préfecture à Constantinople que dans les provinces. La réforme de la préfecture du prétoire a abouti à la mise en place d’une nouvelle administration des provinces et au renforcement de la centralisation du gouvernement impérial. Très tôt, l’historiographie a souligné une certaine « omnipotence des pouvoirs » du préfet du prétoire dans la nouvelle administration impériale. Cependant, la préfecture du prétoire d’Orient occupe une place spécifique, puisqu’elle détient à la fois les fonctions d’une administration centrale et celles d’une administration provinciale. De plus, l’institution préfectorale n’est pas restée figée et connaît des évolutions tout au long de la période tardoantique. Nous pouvons donc nous interroger sur la nature de cette institution, sur son rôle clé dans la centralisation des affaires fiscales de l’Empire, mais également sur ses limites. Le pouvoir impérial a-t-il cherché, tout au long de cette période, à renforcer la place de la préfecture du prétoire dans l’administration fiscale ? Ou, au contraire, les empereurs ont-ils cherché à contenir les pouvoirs et les moyens d’action de la préfecture du prétoire dans ce domaine de gouvernement ? Dans cette étude, nous souhaitons montrer les rouages de la préfecture du prétoire d’Orient, et en particulier ses spécificités. Au sujet de cette administration, nous nous questionnons, notamment, sur la notion de « bureaucratie », pensée par Max Weber. Nous nous intéressons aux différentes compétences du préfet du prétoire, mais nous n’entrons pas dans une étude détaillée de chaque titulaire de la fonction. Une grande partie de notre travail consiste à étudier les agents subalternes de la préfecture qui sont plus méconnus et sur lesquels nous ne disposons que de peu d’informations dans les sources. Nous voulons également montrer les rapports de la préfecture du prétoire avec les contribuables, mais également avec les autres institutions qui participent au fonctionnement de cette administration fiscale.

Mots-clés : Administration ; Fiscalité ; Préfecture du prétoire ; Agents ; Fonctionnaires ; Orient

The praetorian prefecture was, during the Late Antique period, a major institution of the imperial administration. Initially exercising mainly military functions under the High Empire, the praetorian prefecture underwent profound reform under the reign of Constantine: it was granted judicial and fiscal responsibilities over a group of provinces. From the 4th to the early 7th century, the Praetorian Prefecture of the East administered a vast, wealthy, and densely populated territory, some provinces of which were essential to the Empire’s finances. While there was no unified fiscal administration, the praetorian prefecture played a key role in its functioning: determining the state’s needs, collecting taxes, managing public spending, issuing administrative decrees, conducting inspections, receiving petitions and embassies…. In the service of the prefect, a number of officials (praefectiani) helped carry out these tasks: relatively numerous, these agents could operate both in the central offices of the prefecture in Constantinople and in the provinces. The reform of the praetorian prefecture led to the establishment of a new provincial administration and to the strengthening of the centralization of imperial government. Historiography has long emphasized a certain "omnipotence of powers" held by the praetorian prefect in this new imperial administration. However, the Praetorian Prefecture of the East had a specific position, as it holds the functions of both a central and a provincial administration. Furthermore, the prefectural institution was not unchanging and underwent several changes throughout the Late Antique period. We can therefore question the nature of this institution, its key role in the centralization of the Empire’s fiscal affairs, but also its limitations. Did the imperial power seek, throughout this period, to reinforce the role of the praetorian prefecture in fiscal administration? Or, on the contrary, did the emperors try to curb the powers and means of action of the praetorian prefecture in this area of government? This study aim to reveal the internal mechanisms of the Praetorian Prefecture of the East, with particular attention to its distinctive features. In examining this administrative structure, we engage with the concept of “bureaucracy” as theorized by Max Weber. Our analysis focuses on the various competencies of the praetorian prefect, although we do not undertake a prosopographical study of individual officeholders. A substantial portion of our research is devoted to the subordinate officials of the prefecture, figures who remain largely obscure and about whom the available sources provide only limited information. Furthermore, we aim to shed light on the prefecture’s interactions not only with taxpayers but also with the other institutions that contributed to the functioning of this fiscal administration.

Keywords: Administration ; Tax level ; Praetorian prefecture ; Agents ; Civil servants ; East


Membres du jury
- Mme Bernadette CABOURET, Professeure des universités, Université Jean Moulin Lyon 3, Directrice de thèse
- M. Sylvain DESTEPHEN, Professeur des universités, Université de Caen Normandie, Rapporteur
- Mme Audrey BECKER, Professeur des universités, Université Marie et Louis Pasteur, Besançon, Rapporteure
- Mme Aude LAQUERRIERE-LACROIX, Professeure des universités, Université de Reims Champagne Ardennes, Examinatrice
- M. Pierfrancesco PORENA, Professeur ordinaire, Université Rome 3, Examinateur
- M. Olivier HUCK, Maître de conférences, Université de Strasbourg, Examinateur

Présidence du jury : Mme Aude LAQUERRIERE-LACROIX