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RAYMOND Clément
Descartes, une philosophie des relations : la convenance dans la pensée cartésienne
Thèse en Philosophie, soutenue le 03/10/2025.
Comment penser l’unité de la passion amoureuse, malgré la grande diversité des objets sur lesquels elle porte ? Descartes la situe dans une relation infra-passionnelle : la convenance, qui est une forme d’accord fondamental entre une personne humaine et une chose. Mais ce terme est indéterminé dans ses textes et pourrait n’aboutir qu’à une reconduction de la difficulté. L’enquête que nous menons alors s’appuie sur les deux lettres à Élisabeth de Bohême des 21 mai et 28 juin 1643, qui proposent une représentation de la philosophie qui n’est pas l’image d’un arbre dont les racines sont saines, si celle d’un bâtiment bien fondé. Il y a au contraire trois notions primitives (étendue, pensée, union) qui constituent autant de domaines de savoirs différents. En relisant Descartes sous leur prisme, sa pensée apparaît comme une philosophie des relations : la physique, la métaphysique et l’anthropologie abandonnent la supposée priorité de l’individu sur les relations avec d’autres êtres, dans lesquelles il est pris. Les corps existent dans un environnement marqué par le contact permanent avec d’autres. En particulier, les corps vivants sont avant tout pensés dans leur vie de relation. La chose pensante ne se conçoit que sous la condition de partie qui caractérise son existence. La personne humaine, enfin, est toujours quelque part postérieure aux totalités desquelles elle participe. Chacun de ces trois domaines de connaissances exhibe des relations fondamentales d’accord et de désaccord entre les êtres. Les commodités (résistance faible à la conservation de l’état du corps ou caractère favorable à celle de son intégrité) et incommodités déterminent les interactions des corps inertes et les comportements des corps vivants. Le rapport de l’esprit à la vérité, à l’erreur et à tous les jugements est pensé en termes de consensus (cohérence dans l’entendement, consentement de la volonté) et de répugnance. Tout être humain est engagé dans des rapports de convenance avec ce dont il vit, et de disconvenance avec ce qui fait obstacle au déploiement de son existence. Ces rapports, qui s’expliquent par les différentes formes de participation à l’œuvre dans toute existence humaine, constituent un caractère anthropologique commun.
Mots-clés : Relations ; Convenance ; Descartes ; Passions de l'âme
Is there a way to conceive the unity of the passion of love, in spite of the great diversity of its objects? Descartes claims it to consist in an infra-passional relationship: convenience (“convenance”), namely a kind of fundamental agreement between a human person and a thing. This term is however indefinite in his texts and might lead to repeat the problem. Our investigation is built up on Descartes’s two letters to Elisabeth of Bohemia of 21st May and 28 June 1643, in which philosophy is neither described through the image of a tree whose roots are healthy, nor through the one of a well-grounded building. There are three primitive notions (extension, thought, union) that organise three different areas of knowledge. While rereading Descartes thanks to them, his work appears to be a philosophy of relationships: physics, metaphysics and anthropology give up on the alleged priority of the individual over the relationships with other beings in which it is engaged. Bodies exist in an environment that is defined by the permanent contact with others. In particular, the life of living bodies is primarily described as a relationship life. The thinking thing can only be understood as a part of the universe; its existence is characterised by its participation to God’s Creation. Each human person, at last, is always somewhat posterior to the totalities in which he / she takes part. These three areas of knowledge show off fundamental relationships of agreement and disagreement between things. Commodities (“commodité” namely a weak resistance to the conservation of the state of a body, or something favourable to the conservation of its integrity) and incommodities determine the interactions of inert bodies and the behaviours of living bodies. Descartes conceives the relationship between the mind and truth, error or other judgements through the notions of consensus (coherence in the intellect, plus consent of the will) and repugnance. Every human being entertains relationships of convenience with what he / she lives on, and of inconvenience with what contradicts his / her existence. These relationships are to be explained thanks to the different forms of participations that make a human life; they are a common anthropological structure of existence.
Keywords: Relationships ; Convenience ; Descartes ; Passions of the soul
Membres du jury :
- Mme Marie-Frédérique PELLEGRIN, Professeure des universités, Université Grenoble Alpes, Directrice de thèse
- M. André CHARRAK, Professeur des universités, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Rapporteur
- M. Edouard MEHL, Professeur des universités, Université de Strasbourg, Rapporteur
- Mme Delphine ANTOINE-MAHUT, Professeure des universités, ENS de Lyon, Examinatrice
- Mme Antonella DEL PRETE, Professeure ordinaire, Université de Turin, Examinatrice
- M. Steven NADLER, Professeur, Université du Wisconsin-Madison, Examinateur
- Mme Lisa SHAPIRO, Professeure, Université McGill, Examinatrice
Présidence du jury : Mme Delphine ANTOINE-MAHUT
