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MICHAL Manon
La construction de la déviance positive : une approche par la valeur
Thèse en Sciences Economiques et de Gestion, soutenue le 19/11/2025.
La littérature en comportement organisationnel définit la déviance positive comme un ensemble de pratiques qui, bien qu’elles s’écartent des normes établies, produisent des effets bénéfiques pour l’organisation. Cette approche, essentiellement fonctionnelle, tend à se concentrer sur les facteurs favorisant son émergence, en négligeant la question de son rapport aux normes et de la nature même de ses bénéfices. L’apport de la théorie des organisations permet d’apporter certains éléments de réponse, en présentant la déviance comme le résultat de jugements situés, fondés sur des critères implicites et potentiellement divergents. Pour approfondir cette dimension, cette thèse mobilise la sociologie de la valeur afin d’éclairer les dynamiques par lesquels certaines déviances sont reconnues et valorisées. Sur le plan méthodologique, l’étude s’appuie sur une ethnographie menée au sein d’une grande enseigne de restauration rapide, dont les données sont analysées selon un dispositif d’analyse multiniveau permettant d’examiner les interactions entre pratiques individuelles et valeurs organisationnelles. Les résultats révèlent que les restaurants sont soumis à deux régimes d’évaluation distincts, portant chacun leurs normes, celui de l’Enseigne, et celui de la Franchise. Pris dans cette tension, ils développent des stratégies de « jeu avec les évaluations », mobilisant la déviance pour satisfaire simultanément les deux dispositifs. La construction de ces déviances suit un processus en quatre étapes, par lequel elles sont progressivement intégrées dans les pratiques en restaurant. Cette recherche enrichit la littérature sur la déviance positive en la requalifiant comme produit d’un double cadrage normatif : pour être reconnue comme telle, une pratique doit être perçue localement comme bénéfique tout en restant potentiellement répréhensible aux yeux d’acteurs externes. En sociologie de la valeur, la thèse met en évidence un mécanisme circulaire entre dispositifs d’évaluation et pratiques : les évaluations façonnent les pratiques qu’elles mesurent, mais peuvent être à leur tour reconfigurées par ces pratiques.
Mots-clés : Déviance ; Déviance positive ; Valeur ; Évaluation ; Ethnographie
The organizational behavior literature defines positive deviance as a set of practices that, while deviating from established norms, generate beneficial outcomes for the organization. This essentially functional approach tends to focus on the factors driving its emergence, while overlooking the question of its relationship to norms and the very nature of its benefits. Insights from organizational theory help address these gaps by framing deviance as the outcome of situated judgments, based on implicit and potentially divergent criteria. To further explore this dimension, this dissertation draws on the sociology of valuation to shed light on the processes through which certain deviant practices are recognized and legitimized. Methodologically, the study relies on an ethnography conducted within a major fast-food chain. The data were analyzed using a multilevel framework designed to examine the interactions between individual practices and organizational values. The findings reveal that restaurants are subject to two distinct evaluation regimes, each carrying its own set of norms: one from the corporate brand and one from the franchisee. Confronted with this tension, restaurants develop “playing with evaluation” strategies, mobilizing deviance to satisfy both systems simultaneously. The construction of these deviant practices follows a four-step process through which they are gradually embedded into restaurant routines. This research contributes to the literature on positive deviance by reframing it as the product of a dual normative framing: for a practice to be considered positively deviant, it must be locally perceived as beneficial while remaining potentially condemnable by external actors. From the perspective of the sociology of valuation, the dissertation highlights a circular mechanism between evaluative systems and practices: evaluations shape the behaviors they measure, yet are themselves reconfigured by those very practices.
Keywords: Deviance ; Positive deviance ; Value ; Evaluation ; Ethnography
Membres du jury :
Mme Caroline HUSSLER, Professeure des universités, Université Jean Moulin Lyon 3, Co-directrice de thèse
Mme Noémie DOMINGUEZ, Professeure des universités, Université Jean Moulin Lyon 3, Co-directrice de thèse
Mme Cécile GODÉ, Professeure des universités, Aix-Marseille Université, Rapporteure
M. Corentin CURCHOD, Senior Lecturer, University of Edinburgh Business School, Rapporteur
Mme Céline BÉRARD, Professeure des universités, Université Lumière Lyon 2, Examinatrice
M. Laurent TASKIN, Professeur, Louvain School of Management, Examinateur
Présidence du jury : Mme Céline BÉRARD
