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IKEDA REISS Asuka

Arts plastiques et artistes femmes au Japon de 1970 à 1985 : au carrefour de l’art et du féminisme

Publié le 26 octobre 2023 Mis à jour le 12 février 2024

Thèse en Etudes transculturelles, soutenue le 27 septembre 2023.

Le présent travail a pour objectif d’analyser des expressions et postures féministes des plasticiennes sur le territoire japonais. Focalisée sur les années 1970 et le début des années 1980, l’étude se penche sur une période cruciale de l’histoire féministe du XXe siècle. Dans certains pays comme les États-Unis, le mouvement de l’art féministe, parallèle au mouvement social des femmes, est bien connu. Pourtant, en ce qui concerne le Japon, peu d’études liées à ce contexte social de la montée du féminisme (le Ûman ribu) ont été faites jusqu’à nos jours. Notre étude souhaite reformuler au mieux ce rapport, parfois ambigu et hésitant, mais bien perceptible chez certaines plasticiennes, et ainsi dégager leurs enjeux féministes à travers une analyse des contextes sociopolitiques et biographiques de chaque protagoniste. Le « regard » et le « corps » sont abordés comme des concepts ayant des potentiels communs à l’art et au féminisme, notamment en ce qui concerne une quête commune de liberté. Dans un premier temps, nous nous intéressons au mouvement social féministe Ûman ribu avec l’ambition de comprendre la place de l’art et de la culture dans celui-ci en analysant la volonté d’expression de quelques activistes qui se trouvaient proches de la sphère artistique (le Groupe de pensée S.E.X. et Takeda Miyuki). Si ces activistes ont problématisé le regard et le corps, dans quelle mesure les artistes contemporaines se sont-elles emparé de ces thèmes ? À partir de cette interrogation, la partie suivante aborde des artistes comme Yamaguchi Harumi, Ishioka Eiko, Ishikawa Mao, Kusama Yayoi, Kishimoto Sayoko, Tsuboi Asuka et Yagi Mariyo. Enfin, nous considérons dans la dernière partie trois plasticiennes ayant eu des liens avec le mouvement féministe (Ishiuchi Miyako, Tomiyama Taeko, Idemitsu Mako) afin de mettre en lumière les motivations féministes de leurs œuvres. Notre étude révèle ainsi une multiplicité des idées autour du corps féminin, mises en cause ou exprimées à travers les réalisations artistiques : corps objet, corps sexualisé, corps libre, corps scandaleux, corps indépendant, corps magnifié, corps maternel, corps douillet, corps de pouvoir, corps souillé, corps chargé de fardeaux, corps en colère, corps contrarié… D’une part, la position des artistes à l’égard du féminisme et de la féminité est diverse et variée. D’autre part, nous mettons également en lumière quelques éléments communs comme la réflexion autour de certaines situations typiquement japonaises, sociopolitiques, culturelles et économiques sur lesquelles se fondent des expressions féminists : les guerres du XXe siècle, le colonialisme, la société patriarcale et misogyne ou le Japon productiviste et capitaliste.


Mots-clés : Histoire de l’art japonais, Art plastique, Féminisme, Artistes femmes, Japon de l’après-guerre, Ûman ribu, Graphisme et illustration, Photographie, Art vidéo, Art performance, Art céramique, Art de la fibre, Peinture, Sculpture, Film expérimental, Art moderne et contemporain

This work aims to analyse the feminist expressions and postures of visual artists in Japan. Focusing in particular on the 1970s and early 1980s, our study concentrates on a crucial period of the feminism in the twentieth century history. In some countries such as the USA, the feminist art movement, which parallels the women's social movement, is well known. In the case of Japan, to date, few studies have been made regarding this social context surrounding the rise of feminism (Ûman ribu). Our study wishes to reconstruct as best as possible this relationship, sometimes ambiguous and hesitant, but clearly noticeable through the work of certain female artists, and to identify their feminist stakes through an analysis of the sociopolitical and biographical contexts of each protagonist. The "gaze", the "body" are approached as concepts with common potential in the two fields, art and feminism, seeking freedom and liberation. At first, we focus on Ûman ribu with the ambition to understand the role of art and culture within it as well as the desire for self-expression of some activists who were close to the artistic sphere (the Group of Thoughts S.E.X. and Takeda Miyuki). If these activists have problematized the gaze and the body, have contemporary artists been attached to these themes? With this question in mind, the following section examines artists such as Yamaguchi Harumi, Ishioka Eiko, Ishikawa Mao, Kusama Yayoi, Kishimoto Sayoko, Tsuboi Asuka and Yagi Mariyo. Finally, in the last part, we consider three visual artists linked with the feminist movement (Ishiuchi Miyako, Tomiyama Taeko, Idemitsu Mako) in order to highlight their feminist issues in the works. Our study thus reveals a multiplicity of ideas around the female body, questioned or expressed through artistic works: object body, sexualized body, liberated body, scandalous body, independent body, body in praise, maternal body, protective body, empowered body, impure body, body laden with burdens, upset body, thwarted body… On one hand, artists' stance towards feminism and femininity is diverse. On the other hand, we also demonstrate some common elements such as reflections around certain Japanese sociopolitical, cultural and economic situations on which feminist expressions are based: twentieth century wars, colonialism, patriarchal and misogynistic society or productivist and capitalist Japan.

Keywords:  Japanese art history, Visual art, Feminism, Women artists, Postwar Japan, Ûman ribu, Graphic design and illustration, Photography, Video art, Performance art, Ceramic art, Fiber art, Painting, Sculpture, Experimental film, Modern and contemporary art


Directeur de thèse : Claire Dodane

Membres du jury :
- Mme DODANE Claire, Directrice de thèse, Professeure des universités, Université Jean Moulin Lyon 3,
- M. LUCKEN Michael, Rapporteur, Professeur des université, Institut national des langues et civilisations orientales, Paris,
- Mme SCHAAL Sandra, Rapporteure, Professeure des universités, Université de Strasbourg,
- Mme GOSSOT Anne, Professeure émérite, Université de Bordeaux 3,
- Mme LEVY Christine, Maître de Confèrence retraité, Université de Bordeaux,
- Mme PATIN-MIYAMOTO Cléa, Maître de conférence, Université Jean Moulin Lyon 3.

Président du jury : Sandra SCHAAL