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FAURE-JARROSSON Benoit

La Compagnie du Saint-Sacrement de Lyon (1630-1740)

Publié le 20 mars 2026 Mis à jour le 20 mars 2026

Thèse en Sciences Sociales, soutenue le 11/12/2025.

Fondée en 1630 à Paris, la Compagnie du Saint-Sacrement est une confrérie secrète, réunissant des notables laïcs et des ecclésiastiques séculiers désirant faire progresser la société dans la voie catholique, dans l’esprit de la Contre-Réforme. A Lyon, après un premier essai en 1630, elle doit être relancée en 1645 par Antoine de Neufville, bâtard du gouverneur de Lyon Charles d’Halincourt. Il a le complet soutien de son frère et intime Camille de Neufville, nommé lieutenant du roi à Lyon en mai 1645 puis, en outre, archevêque de 1653 à 1693. Quand Louis XIV interdit la Compagnie en 1660, non seulement Camille de Neufville n’applique pas la règle mais il protège la confrérie de Lyon et œuvre en accord avec elle pendant les quarante ans de sa prélature, ce qui donne à la Compagnie du Saint-Sacrement de Lyon une importance sans équivalent en France. Ses 273 membres essaient surtout de créer des progrès structurels par les institutions et les lois. A Lyon, elle s’attribue – à raison – la création de nombreuses institutions : couvent des Filles pénitentes (1646), l’hôpital des Passants pour les voyageurs (1652), la Propagation de la Foi, destinée à convertir les protestants (1659), les Petites écoles pour les pauvres (1667), le séminaire Saint-Charles qui forme leurs maîtres (1672), le Bon Pasteur, qui rééduque les filles-mères (1673), les écoles pour les filles pauvres (1675), la maison des Nouvelles catholiques (1675), la communauté des maîtresses d’école (1675), le Conseil charitable, destiné à arbitrer les conflits (1678), le Prêt charitable, qui est un mont-de-piété (1678) et les Recluses, pour enfermer les pécheresses récidivistes (1685), sans compter les œuvres de ses membres Noël Chomel (instigateur du Bon Pasteur mais aussi créateur des Filles de Saint-Vincent en 1677 et de la Maison de l’Enfance en 1681) ou Guy Colombet, qui crée à Saint-Etienne entre 1670 et 1708 l’équivalent des institutions lyonnaises. Elle est probablement à l’origine de la Providence, pour accueillir les petites filles en danger (1707) et crée également des confréries pieuses : la Doctrine chrétienne (1654), la confrérie des Agonisants (1661), l’Adoration perpétuelle du Saint-Sacrement à l’Hôtel-Dieu (1667) et l’Association pour la conversion des pécheurs (1696). La Compagnie suscite l’installation à Lyon de plusieurs congrégations : les prêtres missionnaires de Saint-Michel (1657), le séminaire sulpicien de Saint-Irénée (1659), les Frères tailleurs (1666), les Lazaristes (1668), les Filles de la Charité (1679), les Frères cordonniers (1686). Les nouvelles confréries charitables de femmes de Lyon sont largement composées d’épouses ou parentes de membres : Association des Dames de Sainte-Françoise (1656),  Dames pour le secours des incurables de la paroisse Saint-Nizier (1677) et autres confréries paroissiales. L’ensemble représente vingt-sept organisations ou confréries créées, suscitées ou soutenues à Lyon par la Compagnie du Saint-Sacrement.  La Compagnie essaie d’amender les mœurs par un inlassable travail d’influence auprès des pouvoirs en tentant de faire respecter le sacré, évangéliser, exciter la piété, assurer la police des mœurs et le contrôle des idées et agir contre la misère publique. Les décennies 1650-1670 sont celles de l’enthousiasme et de la créativité. L’apogée du pouvoir matériel est atteint autour de 1685 sous l’égide de membres plutôt guidés par un moralisme conservateur. Le déclin est progressif après la mort de Camille de Neufville (1693) avec la préférence du nouveau siècle pour le débat public et rationnel et une religion plus intérieure. La Compagnie perd le contrôle de ses institutions entre 1705 et 1710 et s’étiole rapidement jusqu’à disparaître dans les années 1740. En un demi-siècle, les dévots de Lyon donnent ou mobilisent plus d’un million de livres tournois, influent sur le destin de milliers de personnes et contribuent à façonner le paysage institutionnel et culturel de la ville.

Mots-clés : Contre-réforme ; Dévots ; Confrérie

Founded in Paris in 1630, the Compagnie du Saint-Sacrement was a secret brotherhood bringing together prominent lay figures and secular clergy who wished to advance society along Catholic lines, in the spirit of the Counter-Reformation. In Lyon, after an initial attempt in 1630, it was relaunched in 1645 by Antoine de Neufville, the illegitimate son of the governor of Lyon, Charles d'Halincourt. He had the full support of his brother and close friend Camille de Neufville, who was appointed the king's lieutenant in Lyon in May 1645 and then archbishop from 1653 to 1693. When Louis XIV banned the Company in 1660, Camille de Neufville not only refused to enforce the rule, but also protected the brotherhood in Lyon and worked in harmony with it during his forty years as prelate, giving the Company of the Blessed Sacrament in Lyon an importance unrivalled in France. Its 273 members sought above all to bring about structural progress through institutions and laws. In Lyon, it rightly took credit for the creation of numerous institutions: the Convent of the Penitent Girls (1646), the Passants Hospital for travellers (1652), the Propagation de la Foi, intended to convert Protestants (1659), the Little Schools for the poor (1667), the Saint-Charles seminary, which trained their teachers (1672), the Bon Pasteur, which re-educated unwed mothers (1673), schools for poor girls (1675), the House of New Catholics (1675), the community of schoolmistresses (1675), the Charitable Council, intended to arbitrate conflicts (1678), the Prêt Charitable, which was a pawnshop (1678), and the Recluses, to imprison repeat female offenders (1685), not to mention the works of its members Noël Chomel (instigator of the Bon Pasteur but also creator of the Filles de Saint Vincent in 1677 and the Maison de l’Enfance in 1681) and Guy Colombet, who created the equivalent of the Lyon institutions in Saint-Etienne between 1670 and 1708. It was probably behind the creation of La Providence, to take in young girls in danger (1707), and also created pious brotherhoods: La Doctrine chrétienne (Christian Doctrine) (1654), La Confrérie des Agonisants (Brotherhood of the Dying) (1661), the Perpetual Adoration of the Blessed Sacrament at the Hôtel-Dieu (1667) and the Association for the Conversion of Sinners (1696). The Company encouraged the establishment of several congregations in Lyon: the missionary priests of Saint-Michel (1657), the Sulpician seminary of Saint-Irénée (1659), the Tailors' Brotherhood (1666), the Lazarists (1668), the Daughters of Charity (1679) and the Shoemakers' Brotherhood (1686). The new charitable women's brotherhoods in Lyon were largely composed of wives or relatives of members: Association des Dames de Sainte-Françoise (1656), Dames pour le secours des incurables de la paroisse Saint-Nizier (1677) and other parish brotherhoods. In total, there were twenty-seven organisations or brotherhoods created, inspired or supported in Lyon by the Compagnie du Saint-Sacrement.  The Company sought to reform morals through tireless efforts to influence the authorities, attempting to enforce respect for the sacred, evangelize, encourage piety, police morals and control ideas, and combat public poverty. The decades from 1650 to 1670 were marked by enthusiasm and creativity. The height of its material power was reached around 1685 under the aegis of members who were guided by conservative moralism. The decline was gradual after the death of Camille de Neufville (1693), with the new century favouring public and rational debate and a more inward-looking religion. The Company lost control of its institutions between 1705 and 1710 and rapidly declined until it disappeared in the 1740s. In half a century, the devotees of Lyon donated or raised more than a million livres tournois, influenced the destinies of thousands of people and helped shape the institutional and cultural landscape of the city.

Keywords: Counter-reformation ; Devotees ; Brotherhood


Membres du jury

M. Bernard HOURS, Professeur des universités émérite, Université Jean Moulin Lyon 3, Directeur de thèse
Mme Isabelle BRIAN, Professeure des universités émérite, Université de Lorraine, Nancy, Rapporteure
Mme Anne BONZON, Professeur des universités, Université Paris 8, Rapporteure
M. Stefano SIMIZ, Professeur des universités, Université de Lorraine, Nancy, Examinateur
M. Alain TALLON, Professeur des universités, Sorbonne Université, Examinateur
M. Paul CHOPELIN, Professeur des universités, Université Jean-Moulin Lyon 3, Examinateur

Présidence du jury : M. Paul CHOPELIN