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ESTIENNE Thomas
Choix du référentiel comptable IFRS ou ANC 2020-01 des groupes français cotés sur Euronext Growth Paris
Thèse en Sciences Economiques et de Gestion, soutenue le 06/11/2025.
Cette thèse s'intéresse au choix de référentiel de consolidation effectué par les groupes français cotés sur le marché non réglementé Euronext Growth Paris. Alors que les normes comptables internationales IFRS sont obligatoires pour les sociétés cotées sur des marchés réglementés, les groupes présents sur Euronext Growth disposent d’une liberté de choix entre ces normes et le règlement comptable national. L’objectif de cette recherche est de comprendre pourquoi certains groupes optent pour les IFRS tandis que d’autres conservent le référentiel français, et ce que ce choix révèle en termes de qualité de l'information financière et de stratégie comptable. Mobilisant une approche mixte, la thèse se structure en trois volets. La première partie identifie les caractéristiques des entreprises ayant adopté les IFRS. À partir d’un échantillon de 166 groupes cotés en 2022, l’analyse statistique nuance l’idée selon laquelle ce choix relèverait uniquement d’une logique disciplinaire. L’usage stratégique des IFRS est surtout lié à certaines relations d’agence spécifiques, notamment avec les investisseurs institutionnels, mais d’autres facteurs peuvent également entrer en jeu. Le fait que les groupes les plus exposés à ces conflits n’adoptent pas systématiquement les IFRS interroge leur réelle valeur ajoutée en matière de qualité de l’information. La deuxième partie approfondit cette réflexion par une comparaison de la qualité de l’information selon les deux référentiels. En mobilisant des modèles de pertinence (Ohlson ; Easton & Harris) et de gestion discrétionnaire des résultats (Jones modifié), l’analyse montre que les IFRS ne garantissent pas systématiquement une qualité supérieure. Si le résultat par action IFRS apparaît plus pertinent en période d’instabilité (notamment entre 2020 et 2023), les états financiers en normes françaises s’avèrent souvent plus clairs et utiles en dehors des périodes de crise. Aucune différence notable n’est observée en matière de gestion des résultats. Ces constats remettent en question la supériorité supposée des IFRS et renforcent la légitimité d’un référentiel national dans certains contextes. Enfin, la troisième partie explore, via une approche qualitative (questionnaire et entretiens semi-directifs), les motivations profondes derrière le choix de référentiel. En mobilisant la théorie néo-institutionnelle et le cadre de la tétranormalisation, l’analyse met en évidence trois formes de pression : coercitive (investisseurs ou clients), normative (experts-comptables, AMF) et mimétique (pratiques sectorielles). À l’inverse, le règlement français est apprécié pour sa simplicité, sa lisibilité et sa capacité à soutenir un pilotage interne efficace, évitant une perte de contrôle sur l’information financière. Dans un contexte de complexification croissante des normes IFRS (notamment avec les évolutions des IFRS 9, 15 et 16), cette recherche met en lumière la tension entre les exigences d’harmonisation internationale et les besoins pratiques des groupes de taille intermédiaire. Elle souligne que la convergence vers les IFRS n’est pas une solution universelle, et que le maintien d’un référentiel français autonome constitue un enjeu stratégique pour de nombreuses entreprises, soucieuses d’un cadre comptable mieux adapté à leur réalité économique. En somme, cette thèse contribue de manière originale à la littérature comptable en s’intéressant à un segment encore peu étudié : les groupes français cotés sur un marché non réglementé, libres de choisir entre IFRS et règlement français pour leurs comptes consolidés. Elle met en lumière la diversité des logiques qui sous-tendent ce choix et offre des pistes de réflexion utiles aux normalisateurs et praticiens engagés dans le débat sur l’avenir du cadre comptable européen.
Mots-clés : Consolidation ; ANC 2020-01 ; IFRS
This PhD thesis explores the consolidation standard choices made by French groups listed on the non-regulated Euronext Growth Paris market. While International Financial Reporting Standards (IFRS) are mandatory for French companies listed on regulated markets, groups on Euronext Growth have the option to choose between IFRS and the French national accounting framework. Against this backdrop, the research aims to understand why some groups voluntarily adopt IFRS while others retain French standards, and what these decisions reveal about the quality of financial information and accounting strategy. Adopting a mixed-methods approach, the dissertation is organized into three complementary sections. The first section identifies the characteristics of companies that voluntarily adopt IFRS. Drawing on a sample of 166 groups listed in 2022, the statistical analysis challenges the notion that IFRS adoption is purely driven by disciplinary motives. The findings indicate that the strategic use of IFRS is primarily linked to specific agency relationships, particularly with institutional investors, and that other factors may also influence this choice. The observation that groups most exposed to such agency conflicts do not systematically adopt IFRS raises questions about the actual added value of the standard in terms of financial information quality. The second section builds on this analysis by comparing the quality of financial information produced under each standard. Using relevance models (Ohlson; Easton & Harris) and measures of earnings management (modified Jones model), the research shows that IFRS does not consistently deliver higher quality. While IFRS earnings per share appear more relevant during periods of economic uncertainty (notably from 2020 to 2023), financial statements prepared under the French framework are generally found to be more understandable and useful outside such contexts. Moreover, no significant differences were observed in earnings management practices between the two standards. These results call into question the structural superiority of IFRS and highlight the continued relevance of the national framework in certain situations. The third section adopts a qualitative approach, using questionnaires and semi-structured interviews to delve deeper into the motivations behind the choice of standard. Drawing on neo-institutional theory and the tetranormalization framework, the analysis identifies three types of pressure: coercive (from investors or clients), normative (from auditors and the AMF), and mimetic (imitation of sectoral practices). In contrast, the French accounting framework is often preferred for its simplicity, greater clarity, and its ability to support internal management, thereby helping companies avoid a loss of control over financial reporting. In a context marked by increasing complexity of IFRS (especially with developments related to IFRS 9, 15, and 16), this study highlights a growing tension between international standardization requirements and the operational needs of mid-sized groups. It underscores that convergence towards IFRS is not a one-size-fits-all solution, and that maintaining an independent French accounting framework remains a strategic issue for many companies seeking a standard better suited to their economic reality. In summary, this dissertation makes an original contribution to accounting research by focusing on a still underexplored segment: French groups listed on a non-regulated market that are free to choose between IFRS and the French consolidation standard. The findings shed light on the diverse rationales underlying this normative choice and provide valuable insights for standard-setters and practitioners engaged in the ongoing debate about the future of the European accounting landscape.
Keywords: Consolidation ; ANC 2020-01 ; IFRS
Membres du jury :
- M. Eric TORT, Professeur associé habilité à diriger des recherche, Université Jean Moulin Lyon 3, Directeur de thèse
- M. Mohamed KHENISSI, Professeur des universités, Université de Lille, Co-directeur de thèse
- M. Pascal BARNETO, Professeur des universités, Université de Bordeaux, Rapporteur
- Mme Elisabeth WALLISER, Professeure des universités, Université Côte d'Azur, Nice, Rapporteure
- M. Didier BENSADON, Professeur des universités, Université Jean Moulin Lyon 3, Examinateur
- Mme Corinne BESSIEUX-OLLIER, Professeure habilitée à diriger des recherches, Montpellier Business School, Examinatrice
Présidence du jury : M. Didier BENSADON
