• Recherche,
  • Sciences sociales,

CAPRON Ronan

Le gouvernement des villages. Histoire politique, sociale et financière des communes rurales du Valentinois (mi XIVe - début XVIe siècle)

Publié le 19 mars 2026 Mis à jour le 19 mars 2026

Thèse en Sciences Sociales, soutenue le 04/10/2025.

Les communes rurales structurent une vie politique locale que cette thèse se propose d’éclairer. L’objectif est de mettre en évidence la marge d’autonomie des habitants des campagnes ainsi que leur place dans le gouvernement à l’échelle du village et dans la construction de l’État. L’étude, qui s’étend de la mi-XIVe siècle au début du XVIe siècle, se concentre sur quatre bourgs fortifiés de taille variable : Livron, qui constitue l’épine dorsale de ce travail, mais aussi Allex, Chabeuil et Étoile. Le premier axe retrace la mise en place et le fonctionnement des communes valentinoises. Certes, les princes locaux, le comte de Valentinois et de Diois ainsi que l’évêque de Valence et de Die, exercent une emprise persistante. Cependant, ils octroient à leurs hommes entre la fin du XIIIe et le début du XIVe siècle des franchises et le statut d’universitas. Les institutions créées alors reposent sur l’assemblée des chefs de feux. Progressivement, celle-ci délègue une partie de son pouvoir à des représentants d’abord temporaires puis permanents ainsi qu’à un conseil restreint. Le deuxième volet s’attache aux moyens du gouvernement, et tout d’abord à l’usage de l’écrit. Les comptabilités permettent de documenter les modes de décision et le contrôle exercé sur les officiers. L’écrit occupe une place centrale, mais son maniement reste souple : les procédures orales et informelles conservent leur importance. Les notaires jouent dans ce domaine un rôle pivot, mais d’autres membres de l’élite locale peuvent également intervenir. Un petit nombre de familles, parmi les plus imposées, sont très engagées dans la vie municipale. Les fonctions sont peu rémunératrices, même parfois risquées, mais elles confèrent prestige et autorité. Les grandes lignées n’en ont pourtant jamais le monopole : le groupe des officiers se révèle relativement ouvert. Le troisième axe souligne l’implication des communes dans la construction de l’État. Les interlocuteurs des représentants des communes changent, à la suite du rattachement du Valentinois au Dauphiné dans la première moitié du XVe siècle puis de la transformation de cette principauté en province rattachée au royaume de France. Malgré cette intégration à des ensembles politiques de plus en plus grands, la structure reste la même : ces institutions locales assurent la collecte de l’impôt et soutiennent les guerres princières, devenant ainsi des rouages indispensables. Elles usent aussi des instruments du dialogue politique (suppliques, enquêtes) pour faire valoir leurs intérêts, depuis la protection des franchises et des communs jusqu’au contrôle des officiers princiers. Toutefois, leur voix est peu entendue dans les instances représentatives provinciales, dominées par les villes. La quatrième partie porte sur le développement des finances locales. C’est dans un contexte d’insécurité, marqué par la présence des routiers, que les communes obtiennent le droit de lever un vingtain. Cette fiscalité, d’abord exceptionnelle, devient permanente dès la fin du XIVe siècle. Toutefois, dans la plupart des cas, la structure des systèmes fiscaux reste très souple jusqu’à la fin du siècle suivant. La taille, adossée à l’impôt prélevé pour le Prince, est alors la principale recette. La fiscalité ne suffit pourtant pas toujours à répondre aux besoins, d’où un recours parfois important au crédit. En effet, cet argent ne sert pas seulement à s’acquitter des exigences étatiques. Une partie de cet argent est utilisée sur place, permettant de préciser les domaines d’action des communes : l’entretien des fortifications et d’autres infrastructures, la défense des biens communs devant les tribunaux, mais aussi la charité, la vie spirituelle ainsi que la fourniture d’un certain nombre de services économiques. Ces communes portent une culture politique propre, fondée sur le service, la défense des intérêts collectifs mais aussi un unanimisme qui gomme les tensions et les différends opposant les habitants.

Mots-clés : Communautés rurales ; Histoire rurale ; Histoire politique ; Histoire sociale ; Comptabilités ; Dauphiné

Rural communes were the setting for a local political life, which this thesis seeks to explore. Its purpose is to shed light on the degree of autonomy enjoyed by rural inhabitants, as well as their role in local governance and their contribution to the construction of the state. The study spans from the mid-14th to the early 16th century and focuses on four fortified villages of varying size : Livron — the central case study — along with Allex, Chabeuil, and Étoile. The first section traces the establishment and functioning of the rural communes of the Valentinois. While local lords — the counts of Valentinois and Diois and the bishops of Valence and Die — maintained a strong hold over their territories, they nevertheless granted charters and recognized the status of universitas between the late 13th and early 14th centuries. These new institutions were organized around an assembly of household heads, which progressively delegated some of its powers to temporary and then permanent representatives, as well as to a smaller council. The second section focuses on the tools of local governance, especially the use of written records. Accounting documents provide valuable insight into decision-making processes and mechanisms for overseeing officials. Written records held a central place in communal administration, yet their use remained flexible, with oral and informal practices still playing a significant role. Notaries were key figures in this process, although other members of the local elite also took part. A small number of families, often among the wealthiest taxpayers, were particularly active in municipal life. Though these roles were often poorly paid and could carry risks, they offered social prestige and political authority. Nevertheless, access to office was not monopolized by these families — the officer corps remained relatively accessible. The third section examines the communes’ involvement in state formation. Following the incorporation of the Valentinois into the Dauphiné during the first half of the 15th century — and later into the Kingdom of France — the communes maintained their structural role. They remained responsible for collecting taxes and contributing to the war effort, acting as essential intermediaries. At the same time, they engaged in political dialogue with the authorities through petitions and participation in official inquiries, seeking to defend their franchises, manage communal resources, and monitor princely officials. However, rural voices were largely marginalized in provincial representative institutions, which were dominated by urban elites. The fourth section addresses the evolution of local finance. In a context of insecurity marked by armed bands, communes were granted the right to levy a vingtain — an extraordinary tax that became permanent by the end of the 14th century. For the most part, fiscal systems remained flexible until the end of the following century. The primary revenue source was the taille, collected on behalf of the Prince. Yet this taxation was often insufficient, prompting the frequent use of credit. Importantly, not all funds were passed on to the state — a significant portion was used locally. This spending reveals the communes’ domains of activity: maintaining fortifications and infrastructure, defending collective rights in court, providing charitable support, contributing to religious life, and organizing local services and economic provisions. Ultimately, these communes cultivated a distinctive political culture rooted in service, the defense of communal interests, and a strong emphasis on unanimity — a principle that tended to obscure internal conflicts and social divisions.

Keywords: Rural communities ; Rural history ; Political history ; Social history ; Accountability ; Dauphiné


Membres du jury
- M. Nicolas CARRIER, Professeur des universités, Université Jean Moulin Lyon 3, Directeur de thèse
- Mme Anne LEMONDE, Maîtresse de conférences habilitée à diriger des recherches, Université Grenoble-Alpes, Rapporteure
- Mme Laure VERDON, Professeure des universités, Aix-Marseille Université, Rapporteure
- M. Florent GARNIER, Professeur des universités, Université Toulouse Capitole, Examinateur
- Mme Marta GRAVELA, Professeure associée, Université de Turin, Examinatrice
- M. Armand JAMME, Directeur de recherche, CNRS, Université Lumière Lyon 2, Examinateur

Présidence du jury : M. Armand JAMME