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Rencontre avec Loop, partenaire de l'Université Jean Moulin pour lutter contre la précarité menstruelle des étudiantes

Publié le 27 mai 2021 Mis à jour le 3 juin 2021
Loop X Université Jean Moulin, un partenariat pour lutter contre la précarité menstruelle des étudiants.
Loop X Université Jean Moulin, un partenariat pour lutter contre la précarité menstruelle des étudiants.

L’entreprise lyonnaise Loop - dont un des co-fondateurs a fait partie de la deuxième promotion de l’incubateur Manufactory en 2015, met à disposition de l’Université 3 000 culottes menstruelles qui seront distribuées aux étudiants le 28 mai, pour la Journée mondiale de la précarité menstruelle, et à la rentrée, dans le cadre du Plan d’action « 2021 Année solidaire Lyon 3 » . Rencontre avec Morgane Tireau et Matthias Bruno, co-fondateurs de la start-up Loop.

Parlez-nous de votre parcours en quelques mots ?

Matthias Bruno : j’ai un cursus d’ingénieur en électricité. Juste après l’école je me suis lancé dans une aventure entrepreneuriale et j’ai fait une bonne partie de cette aventure à l’incubateur Manufactory, avec un projet dans le monde de la plongée. J’ai fait ça pendant 3 ans et j’ai échoué. Ça a été un échec économique mais aussi une révélation sur le plan professionnel car j’ai découvert à cette occasion que l’entrepreneuriat et la gestion de projet étaient faits pour moi.
Suite à cette expérience je me suis tourné vers le conseil en entrepreneuriat et le développement de projet et ensuite on est partis en Australie avec Morgane qui est aussi ma compagne dans la vie.

Morgane Tireau : je suis infirmière de formation, un métier que j’ai exercé un peu moins de 10 ans, à Lyon ou j’ai fait mes études également. J’ai quitté mon métier pour réaliser un roadtrip en Australie avec Matthias.
Lors de ce voyage, je me suis trouvée confrontée à la problématique des menstruations. Les serviettes hygiéniques, ça génère quand même beaucoup de déchets, ce n’est pas agréable à porter, pareil pour les tampons. En tant qu’infirmière, j’étais également sensibilisée à la problématique du choc toxique (des jeunes femmes sont décédées des suites d’avoir porté un tampon trop longtemps par exemple). En Australie, début 2018, je découvre les culottes menstruelles auxquelles je n’avais pas accès en France. On en était aux prémices, avec des produits pas vraiment efficaces et des culottes pas très jolies non plus. J’ai trouvé là une opportunité de vivre ses règles différemment de manière moins contraignante et avec un aspect plus libérateur finalement.
Et à ce moment-là Matthias est venu apporter sa touche entrepreneuriale en disant s’il n’y a pas de culottes qui répondent à ta demande en France, pourquoi ne pas faire tes propres culottes menstruelles ?

Matthias : L’idée c’est Morgane qui l’initie avec son vécu durant ce périple à l’étranger et moi j’avais très envie de repartir une aventure entrepreneuriale. Je ne savais pas encore ce que j’allais faire mais j’avais très envie de me relancer dans un projet. Ce sujet arrive dans notre discussion, moi j’étudie le concept, le marché, les points d’opportunité intéressants. Surtout de par mon expérience j’avais déjà des connaissances dans le textile et j’avais aussi créé un réseau à Lyon notamment grâce à l’incubateur et à tout le réseau entrepreneurial lyonnais donc c’était « facile » pour moi de démarrer quelque chose.
 

Comment vous répartissez-vous les rôles au sein de Loop ?

Matthias : notre collaboration est vraiment distincte sur nos champs de responsabilité. J’ai plus une casquette stratégie d’entreprise, comptabilité, finance, et après tout ce qui est un peu dans l’ombre : la logistique, l’informatique, tous les sujets plus techniques.

Morgane : moi je suis chargée de tout ce qui est développement de nouveaux produits, que ce soit de leur imagination à leur mise en production mais aussi toute la partie communication et marketing du produit, ça passe aussi par le service client et tout ce qui est lié à la gestion de l’entreprise, les ressources humaines… On a chacun notre casquette.

Matthias : depuis le début on est organisés comme ça, je suis plus sur de l’opérationnel et Morgane est plus la relation client/produit. On est associés et conjoints. Le projet a été lancé début janvier 2019, on est rentrés en France pour le développer et le structurer et depuis on ne fait plus que ça.

 

Quel est le concept de Loop et son positionnement sur le marché ?

Morgane : avec Loop l’idée c’était de créer des culottes menstruelles élégantes, confortables et efficaces. C’était mon premier leitmotiv, mais je voulais aussi que cette culotte soit abordable parce que qu’on est sur un produit de lingerie mais avec un aspect protection hygiénique. Pour moi ça ne doit pas être un produit de luxe, mais un produit qui doit rester accessible. Et j’avais envie aussi de démocratiser ce mode de vie, avec une culotte menstruelle, on est plus libre !
 

Entre le début du projet Loop en 2019 et maintenant, quelles évolutions avez-vous connues ?

Morgane : quand on est revenus en France fin mars 2019 on a créé notre entreprise à Lyon (avant on était autoentrepreneurs), on a pris des locaux et embauché une première personne pour travailler avec nous sur la partie communication/marketing. Maintenant on a une équipe de 14 personnes. A l’origine on proposait trois modèles de culottes, maintenant on décline plusieurs gammes avec six modèles pour accompagner les femmes tout au long de leur vie, des teenagers, au postpartum. On a commencé également à sortir de nouvelles couleurs, des éditions limitées. En 2021, on va proposer quatre nouvelles gammes dont une gamme bain « Swimloop » qui va sortir le 1er juin !
 

Parlez-nous du partenariat avec l’Université ? Comment est-il né ?

Morgane : depuis la création de Loop, j’ai toujours eu la vocation de m’impliquer dans des projets liés au social ou à la santé. J’ai une appétence particulière pour ces sujets-là par mon métier d’infirmière. Depuis le covid, j’entends autour de moi de plus en plus de témoignages, notamment d’étudiants, sur la précarité qu’elle soit menstruelle, étudiante ou en rapport avec la condition des femmes. Dès 2019, je suis entrée en contact avec des associations qui agissent contre la précarité menstruelle, pour le bien-être des femmes, le relogement de femmes en situation de difficulté…. Cette année on souhaitait soutenir les étudiantes, en particulier localement à Lyon. Cela a du sens car notre entreprise est lyonnaise et nous aussi.

Matthias : je suis toujours en contact avec la sphère entrepreneuriale et l’incubateur et j’ai entendu parler de la mise en place des distributeurs de protection hygiéniques (NDLR : L’Université va mettre en service des distributeurs de protections hygiéniques gratuites dans les sanitaires, sur tous les campus et sites de l’Université en mai 2021). Avec Morgane on s’est dit qu’on pouvait faire un geste en faisant un don de 3 000 culottes lors de la journée du 28 mai.

Morgane : c’est une journée particulière car c’est la journée mondiale de l’hygiène menstruelle, en vue de lutter contre la précarité menstruelle, briser les tabous autour des règles, l’éducation des jeunes femmes ? Ça tombait vraiment sous le sens que pour cette journée du 28 mai avec l’Université, on puisse organiser des stands pour faire les dons de culottes menstruelles auprès des étudiants lyonnais.
 

Vous avez fait partie de la deuxième promo de l’incubateur, quel souvenir en gardez-vous ? A l’époque vous aviez un autre projet ?

Matthias : Oui c’était en 2015. A l’époque, mon projet a été un échec, j’ai liquidé, cela s’est arrêté un peu brutalement mais la démarche entrepreneuriale ça a été une révélation pour moi. Parfois je dis que cela a été mon MBA en entrepreneuriat ! J’ai appris énormément. J’ai créé un réseau qui me sert encore, développé une maturité sur le plan business et sur comment aborder et développer un projet de création d’entreprise et le luxe de pouvoir l’aborder et de faire des erreurs. C’est une chance énorme de pouvoir tester, échouer et grandir. Finalement Loop aujourd’hui sur le plan stratégique et business c’est un peu le résultat de cette première expérience entrepreneuriale qui n’a pas abouti et nous permet d’avancer plus vite sur certains sujets. Ça m’a apporté le virus de l’entrepreneuriat, la connaissance et l’état d’esprit nécessaire pour construire quelque chose.


Avez-vous gardé des liens avec l’incubateur ou l’Université ?

Matthias : Il m’arrive de donner de mon temps pour accompagner des entrepreneurs, de faire des interventions sur certains sujets, des retours d’expérience mais c’est de de plus en plus difficile car l’activité se développe et me demande beaucoup de temps et d’énergie. Et il y a aussi des liens plus informels. Avec Loop on a participé financièrement au fonds de dotation, il y a une sorte de de contrat moral avec les anciens, j’ai bénéficié de cela et je me sens engagé moralement à rendre la pareille.
On a aussi plusieurs salariés qui ont fait leurs études à L’Université Lyon 3, dont une stagiaire actuellement.
 

Que diriez-vous à quelqu’un qui souhaite se lancer ?

Morgane : ça va changer ta vie !

Matthias : moi ça a changé ma vie de jouer à l’entrepreneur. Ce n’est pas forcément glamour tous les jours mais c’est forcément enrichissant, que ce soit pour le réseau, l’expérience qu’on acquiert, la connaissance de soi. Quand on est confronté à des moments difficiles, on se remet forcément en question. Il y a une culture de l’échec qui est vraiment à travailler dans notre culture française, à l’école, et avec l’entrepreneuriat on est confronté à l’échec tous les jours et ça permet de relativiser et de voir que c’est intéressant l’échec. Allez-y plantez-vous c’est la meilleure chose qui pourra vous arriver ! Et grâce à des organismes comme l’incubateur, et il y a plein de structures de ce type à Lyon, ça permet d’ouvrir le champ des possibles. On a souvent l’image d’Elon Musk, de Xavier Niel mais le boulanger du coin est aussi entrepreneur car il a créé sa propre activité, on n’est pas obligé de créer une multinationale !
 

Quelles sont vos inspirations du moment ?

Matthias : les crypto monnaies je pense que c’est indispensable aujourd’hui pour toute personne qui se lance dans le milieu entrepreneurial, il faut comprendre le sujet. Sinon j’aime beaucoup The Family à Paris qui est un incubateur qui fait beaucoup de vidéos, de podcasts avec notamment « Koudetat » qui aborde des sujets « choc ».

Morgane : moi ce qui me prend beaucoup de temps autant dans le personnel que dans le professionnel ce sont les réseaux sociaux. C’est une source inépuisable d’inspiration, avec tellement de contenus, on est connectés au monde entier, il y a tellement de formats différents.

Matthias : avant pour créer une entreprise il fallait un avocat, un banquier un comptable, aujourd’hui avoir un compte Instagram ou Facebook c’est une figure imposée.





Interview réalisée par Anne Clausse, Service de la Communication