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Journée mondiale de l'environnement | Rencontre avec Bernard Gauthiez, coordinateur du projet ARMATURE 2

Publié le 4 juin 2021 Mis à jour le 11 juin 2021

« Nos travaux de recherche sur l’histoire de l’occupation des sols par le végétal doivent pouvoir éclairer la décision publique ». Rencontre avec le géographe Bernard Gauthiez, professeur des universités, chercheur au sein du laboratoire Environnement Ville Société (EVS) et coordinateur scientifique des projets ARMATURE.

Bernard Gauthiez
Construire une histoire de la végétation dans la ville… Dans le prolongement d’ARMATURE 1, le projet de recherche ARMATURE 2, dont les premiers résultats seront communiqués mi-juin, a pour objectif de cartographier l’occupation du sol par le végétal dans l’agglomération lyonnaise, de comprendre son évolution dans le temps pour évaluer la qualité du maillage paysager urbain et péri-urbain pour la biodiversité.

Rencontre avec Bernard Gauthiez.
 


« Armature » fait référence à l’armature végétale. Comment sont nés les projets de recherche Armature 1 et 2 ?

Le projet ARMATURE 2 lancé en 2018 est une suite et un élargissement du projet ARMATURE, financé par le LabEx Intelligence des Mondes Urbains (IMU), qui a permis la thèse d’Arnaud Bellec de 2015 à 2017 (soutenance en 2018).

Dans le projet ARMATURE 1, copiloté comme ARMATURE 2 par le biologiste Bernard Kaufmann, il s’agissait d’étudier et cartographier la dynamique de la végétation dans l’espace lyonnais sur 6 décennies, à l’échelle de la Métropole du Grand Lyon, avec une précision de 1 mètre. L’objectif de ce premier projet était de construire une connaissance sur des phénomènes jusque-là très peu étudiés, pour comprendre la situation actuelle et les dynamiques qui y ont conduit. Cela impliquait le développement de nouvelles méthodologies d’évaluation des armatures vertes applicables à toutes les aires urbaines. Un résultat important a été la mesure de l’importance de la végétation dans les espaces privés. Le projet a été construit en associant géographie, biologie et informatique. Il a été valorisé par la mise en place d’une plateforme web, webarmature.fr, qui permet de visualiser à la fois les données utilisées (de 1950 à 2015) et les résultats des analyses effectuées. Cette plateforme est d’ailleurs devenue un outil pour de nombreux partenaires (Métropole de Lyon, Ville de Lyon).

Le projet ARMATURE 2 vise à développer les travaux engagés, à mieux les valoriser et à y faire participer de nouveaux partenaires praticiens, comme l’association Arthropologia, association naturaliste pour la protection des insectes et de la biodiversité.

 
Quels sont les enjeux scientifiques du projet ARMATURE 2 et les expertises mobilisées ?

Tout d’abord, il s’agit d’achever la cartographie de l’évolution de la végétation dans le Grand Lyon pour la période 1950-1980, ce qui nécessite le développement d’une méthode appropriée aux photographies aériennes en noir et blanc, objet d’un développement en collaboration entre le laboratoire EVS et le LIRIS pour la partie informatique et les datas.

Deux nouveaux thèmes de recherche utilisant les données d’occupation des sols produites sont également développés :
  • la détection automatique des haies périurbaines avec l’association Arthropologia, qui travaille aujourd’hui avec la Métropole de Lyon, elle aussi partenaire du projet, pour améliorer le réseau de haies agricoles périurbaines;
  • la connectivité fonctionnelle des espaces végétalisés (à l’échelle de la maille d’un mètre) par Marc Bourgeois (laboratoire EVS), portant sur les espèces patrimoniales mais aussi sur les espèces invasives comme le ragondin, en partenariat avec le Laboratoire d'Ecologie des Hydrosystèmes Naturels et Anthropisés (LENHA), la Ville de Lyon et le Grand Lyon.

Le site internet webarmature.fr devra intégrer tous ces éléments avec ceux qui ont déjà été développés dans le cadre d’ARMATURE 1.

En France comme en Europe, peu de travaux sur le sujet de l’histoire de l’occupation des sols par le végétal sont publiés. Je crois pouvoir dire que nous sommes parmi les premiers chercheurs français à avoir produit un tel travail de cartographie de la végétation dans l’espace urbain à ce degré de finesse et Lyon est la première métropole de l’hexagone à en bénéficier.

 
À quels enjeux environnementaux permet-il de répondre ?

Les résultats de nos travaux peuvent être exploités pour de multiples applications, comme par exemple pour l’aménagement des espaces, où il existe souvent un conflit entre le désir de l’homme de maîtriser la nature en vue d’en tirer des services comme la qualité du cadre de vie, et ce qui est bon pour la biodiversité. L’étude qui est réalisée sur une espèce considérée comme nuisible, le ragondin, va permettre d’apporter des informations très utiles pour l’aménagement des cours d’eau.

De la même manière, l’étude que nous menons sur les jardins potagers dans l’agglomération lyonnaise au 19e siècle apporte un éclairage intéressant sur la question très actuelle de l’agriculture urbaine et péri-urbaine. Elle nous a notamment permis de savoir qu’au début du 19e siècle, toute la production nécessaire à l’alimentation de Lyon en fruits et légumes provenait des abords immédiats de la ville. Aujourd’hui c’est de l’ordre du 1%. On est passé d’une agglomération autosuffisante à un espace urbain complètement dépendant, avec des conséquences qu’il reste à explorer complètement.

Le travail réalisé avec l’association Arthropologia nous permet de comprendre le lien entre richesse en espèces d’insectes et morphologie des haies. Si l’on veut des haies riches en biodiversité, il faut leur donner telle et telle configuration minimale.
Les recherches que nous menons sur l’occupation des sols, outre leur dimension proprement scientifique, peuvent servir à éclairer la décision publique. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous travaillons en lien étroit avec la Ville de Lyon et la Métropole de Lyon. Nous sentons une montée progressive de l’engagement de nos partenaires sur la base des résultats de nos travaux. C’est une avancée importante mais nous savons aussi que le chemin est difficile pour changer les paradigmes en matière d’aménagement des espaces urbains.

 
Les premiers résultats d’ARMATURE 2 seront publiés très prochainement. Quel sera la prochaine étape de développement du projet ?

L’objectif est de remonter plus loin dans le temps, pour pouvoir intégrer la cartographie depuis le 18e siècle. Cela permet de donner un nouveau recul et notamment d’analyser plus finement les modalités de l’artificialisation dans le Grand Lyon et les conséquences de la grande poussée urbaine depuis le milieu du 19e siècle sur la place du végétal dans l’espace de la ville.

Un objectif auquel nous tenons beaucoup est aussi à terme d’arriver à produire une plateforme web avec l’ensemble des données primaires collectées mais surtout analysées, qui servirait à la fois aux chercheurs, aux techniciens et au grand public. L’idée est bien celle d’un open data scientifique donnant accès aux résultats de recherche. Mais pour arriver à cela, il faut parvenir à configurer toutes les données, y compris provenant d’autres projets de recherche portant sur le même espace, selon des formats libres spécifiques. Ce qui implique des moyens importants qui font l’objet de discussions.
 

Pour aller plus loin

Site webarmature.fr

► Site de l'OpenEdition Journals : Webarmature : Observatoire diachronique du territoire lyonnais