Éthique - Philosophie - Esthétique

17280040 - Introduction à la philosophie latine

Crédits ECTS 2
Volume horaire total 10
Volume horaire CM 10

Responsables

Contenu

Licence 1 - Semestre 1 - Année universitaire 2020-2021

Enseignant :
Christian GIRARD

Présentation du cours :
De l’Antiquité tardive jusqu’à l’Époque moderne, le latin a été la langue de la philosophie. Ainsi, de saint Augustin au Moyen Âge, la quasi-intégralité de la production philosophique occidentale est latine. C’est encore en latin que Descartes écrit ses Meditationes de Prima Philosophia et Spinoza son Ethica. De nombreux concepts que convoque la réflexion philosophique en français sont issus du latin et n’ont pas d’équivalents exacts en grec : sujet, conscience, société, État, substance etc. C’est qu’en effet si les Grecs ont inventé la philosophie sur les côtes orientales de la Méditerranée, ce sont les Romains qui ont fait fructifier cet héritage dans la cité universelle qu’ils ont construite dans les limites de leur Empire.

Dès son origine la philosophie est soumise à une tension : elle vise à saisir une vérité absolue et éternelle dans une langue et une culture historiques, celles de la Grèce, qui font une distinction stricte entre les Hellènes et les barbares. Or les Romains, convaincus que leurs succès militaires attestaient la supériorité de leur civilisation, mais lucides sur l’infériorité de leur culture par rapport à celle de l’Hellade, ont été les premiers à prendre conscience de l’ambiguïté et des paradoxes de l’ambition de la philosophie : comment accéder à l’universel sans renier leur identité de Romains ? Quand les traditionnalistes, comme Caton l’Ancien, considéraient que l’adoption de la paideia (éducation) grecque entrainerait la ruine de Rome et que les philhellènes estimaient que la langue latine était trop fruste pour rendre compte des doctrines philosophiques des Grecs, d’autres ‒ comme Cicéron, Lucrèce et Sénèque ‒ ont choisi une voie inédite : transposer dans la langue et pour les besoins de Rome ‒ assimilée à l’humanité tout entière‒ le projet philosophique initié par les Grecs.
La suite des temps a donné raison à ces auteurs.
Non seulement, c’est grâce aux exposés qu’ils ont rédigés en latin que nous pouvons avoir une connaissance relativement fiable des doctrines hellénistiques (Nouvelle Académie, Stoïcisme, Épicurisme), car il ne reste plus que quelques fragments de l’immense production grecque des fondateurs et des scolarques de ces écoles.
Ils ont, de plus, profondément enrichi la langue latine en cherchant à forger des concepts susceptibles de traduire ceux du grec. La philosophie médiévale s’est nourrie des concepts latins qu’ils ont inventés et la majorité des philosophes de l’Époque moderne qui sont revenus aux sources de la philosophie pour contester le dogmatisme scolastique, l’obscurantisme religieux ou l’absolutisme politique ont eu accès à l’héritage gréco-romain grâce à eux. En effet, alors que très peu d’auteurs ‒ à l’exception de quelques humanistes de la Renaissance comme Érasme ou Marsile Ficin et de philosophes allemands du XIXe et du XXe comme Hegel, Nietzsche ou Heidegger‒ étaient en mesure de lire le grec, presque tous disposaient, parce que son étude était la base de toute éducation sérieuse, d’une solide maîtrise de la langue latine.
Enfin et surtout, Cicéron, Épicure et Sénèque ont doté Rome d’une littérature philosophique originale aussi bien dans sa forme et que dans son propos.

Le cours portera sur la réappropriation de la philosophie grecque par la civilisation romaine du « siècle des Scipions » jusqu’à la dynastie julio-claudienne.

Nous nous intéresserons à quatre moments essentiels :
  • Le choc qu’a constitué la rencontre de l’hellénisme et du mos majorum après les guerres puniques.
  • Comment Cicéron repense à nouveaux frais le platonisme et le stoïcisme pour réconcilier pensée et action.
  • Comment Lucrèce expose l’épicurisme dans une forme originale, la poésie, et selon des accents paradoxaux par rapport à l’idéal d’ataraxie.
  • Comment Sénèque invente la subjectivité en assumant un éclectisme et un relativisme qui tranchent avec l’orthodoxie stoïcienne.
  • Chacun de ces auteurs reprend des concepts clés de la philosophie grecque antérieure. Nous étudierons, en commentant de nombreux extraits originaux, comment ces concepts sont traduits et redéfinis en latin. Nous montrerons aussi comment les auteurs mentionnés, en adoptant une posture philosophique atypique et en exprimant une voix singulière par rapport à leurs devanciers grecs, ont contribué, avec le recul du temps, à dessiner les linéaments d’un rapport typiquement romain à la philosophie.

Bibliographie

I. Ouvrages généraux :
  • André J.-M, La philosophie à Rome, PUF, Paris, 1977.
  • Citot V., « Grandeur et décadence de la philosophie romaine », Le Philosophoir, 2015/1, n°43.
  • De Libera A., « Le latin, véritable langue de la philosophie ? » dans Aux origines du lexique philosophique européen : l’influence de la « latinitas », textes et études du Moyen Age, 8, Brepols, 1997, p.1-22.
  • Fontanier J.-M, Le vocabulaire latin de la philosophie, Ellipses, 2001.
  • Grimal P., (éd.), La langue latine, langue de philosophie, Collection de l’école française de Rome-161, Rome, 1992.
  • Lévy C., « Philosopher à Rome », dans Le concept de nature à Rome, Presses de l’ENS, 1996, p. 7-20.
  • Long A.A., « Roman Philosophy » dans The Cambridge Companion to Greek and Roman Philosophy, D. Sedley (éd.), 2003, p.184-211.

II. Ouvrages sur les auteurs étudiés :

1. Avant Cicéron :
  • Grimal P., Le Siècle des Scipions. Rome et l’hellénisme au temps des guerres puniques, Aubier, Paris, 1975.
  • Roman D. et Y., Rome l’identité romaine et la culture hellénistique, Sedes, 1994,

2. Cicéron :
  • Grimal P., Cicéron, Fayard, 1993.
  • Lévy C., Cicero Academicus, Recherches sur les Académiques et sur la philosophie cicéronienne, Rome, 1992.
  • Michel A., Les rapports de la rhétorique et de la philosophie dans l’œuvre de Cicéron, Bibliothèque d’études classiques, Leuven, Peeters, 2003.

3. Lucrèce :
  • Boyancé P., Lucrèce et l’épicurisme, PUF, 1963.
  • Conche M., Lucrèce et l’expérience, Seghers, 1967.
  • Comte-Sponville A., Le Miel et l’Absinthe, Le Livre de Poche, 2010.

4. Sénèque :
  • Grimal P., Sénèque ou la conscience de l’empire, Fayard, 1991.
  • Veyne P., Sénèque. Une introduction, Éditions Tallandier, 2007.