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 Université Jean Moulin Lyon 3

Structure Fédérative Institut Européen Est Ouest

Etudes sur la pensée russe


Berberis sibirica (plante)



* Berberis Sibirica : illustration tirée du livre Voyages du professeur Pallas dans plusieurs provinces de l'empire de Russie (Bibliothèque Slave de Meudon, Fonds Gagarine), reproduite avec l'aimable autorisation du p. René Marichal, s.j.


Présentation


La composante Lyon 3 de la Structure Fédérative Institut Européen Est-Ouest est gérée sur le plan scientifique par François Lesourd, professeur à l'Université Jean Moulin.
F. Lesourd fait partie de l'Institut de Recherche Philosophique de Lyon (IRPhiL). Ses partenaires scientifiques sont le Centre d'Etudes russes Saint-Georges et l'Université Paris 8.

La composante Lyon 3 de cette structure fédérative se propose comme projet général l'étude de la pensée russe.
La culture russe s'est constituée sur les mêmes bases que la culture occidentale, mais en les recevant de Byzance. L'héritage antique a été assimilé autrement. La Russie n'a pas connu la Renaissance. La philosophie s'est développée de manière différente, plus tardivement. Une place prépondérante a été accordée à la théologie mystique, ce qui explique peut-être, dans la suite, les rapports étroits entre mysticisme et philosophie.
Le terreau culturel et historique d'où est issue la pensée russe des XIXe-XXe s. la place dans une position singulière par rapport aux philosophies européennes, dont elle interroge les sources - les philosophes russes modernes se sont d'abord imprégnés de "l'esprit de la philosophie médiévale", pour refaire à partir d'elle et de façon critique le trajet suivi par l'Occident : d'où une méfiance à l'égard de l'idéalisme, un débat infini de la pensée russe autour de Kant, la référence conservée à un absolu transcendant (Vladimir Soloviov) et à un système de la totalité : le concept essentiel est celui d'unitotalité, auquel presque tous les penseurs russes du XXe s. ont apporté leur éclairage original. Il explore la relation dynamique de l'un et du multiple, manifeste une défiance à l'égard de l'abstraction, et développe une conception du temps (l'omni-temporalité) qui vise à surmonter ces antinomies.  Cette situation est illustrée par l'importance accordée par beaucoup de philosophes russes modernes à Nicolas de Cues.

L'une des originalités de la pensée russe est d'une part de se développer de façon rationnelle à partir de bases religieuses réévaluées (la "dogmatique libre"), et de l'autre de s'interroger sur la raison et ses bornes. Elle témoigne peut-être d'une vigilance particulière à l'égard des conditions même de la pensée. D'où un premier colloque organisé en novembre 2007, intitulé "La raison" (actes en cours de publication).

La présence à Lyon à l'Ecole normale supérieure Lettres et sciences humaines (ENS-LSH) de la Bibliothèque Slave des jésuites (le fonds Saint Georges) offre une occasion unique d'étudier les relations entre orthodoxie et latinité et les formes de pensée qu'elles ont pu susciter.

Une première rencontre autour du p. Gagarine (Décembre 2007) a été consacrée à ses principaux interlocuteurs en Russie - les slavophiles -, et au contexte historique qui a vu l'amorce de leur dialogue souvent polémique. L'ensemble des enjeux idéologiques qui sous-tendent ce dialogue a été envisagé : le débat a été élargi aux eurasiens, en gardant présente à l'esprit la continuité de ce débat sur le destin de la Russie.

Colloques prévus


L'histoire de la culture russe nous offre l'exemple de plusieurs cultures a priori vouées à disparaître sous la pression d'une culture de type nouveau, mais qui ont néanmoins poursuivi une existence parallèle et secrète : après le Baptême de la Russie le paganisme archaïque coexiste avec le christianisme, mais à l'état caché, "nocturne" (G. Florovski) ; les vieux-croyants, depuis Pierre le Grand et presque jusqu'à nos jours, ont conservé les traditions de la Russie ancienne, mais d'une manière « souterraine » (D. Likhatchov).
Le régime soviétique, lui, a véritablement marqué l'avènement de la clandestinité culturelle - dans les domaines religieux, philosophique, littéraire, artistique... Vouées à l'extinction, persécutées, invisibles, ces différentes formes d'une culture interdite ont pourtant continué à se développer, prêtes à resurgir avec une vigueur nouvelle à peine la chape de plomb disparue.
Dans la tradition de "l'homme du souterrain", la philosophie russe montre une sensibilité particulière à ce qui est repoussé en marge de la conscience - désirs inavouables pour de multiples raisons, en particulier parce que démesurés, irréalisables : "la vie désapprend à vouloir et à espérer, elle apprend à renoncer aux désirs les plus naturels" (L. Karsavine). On sait l'importance de Dostoïevski pour la naissance de la psychanalyse, mais c'est en général d'une "lutte pour l'impossible" que témoigne toute une lignée de penseurs, de Dostoïevski lui-même jusqu'à Léon Chestov. Le plus significatif en est peut-être Fiodorov et son appel à "ressusciter les pères".

A l'occasion de ce colloque, il est proposé de décrire ces différentes formes de cultures condamnées, de s'interroger sur leur persistance et leur vitalité, sur leur aptitude à subsister dans un environnement contraire. Inversement, on tentera de déterminer concrètement les risques présentés par une situation où l'emprise de l'idéologie dominante rejette dans la clandestinité tout ce qui n'est pas officiellement reconnu, mais par là même lui permet d'échapper à tout contrôle. Enfin, on s'interrogera sur l'attention portée par la philosophie russe à différents types de pensée "clandestine", et à la place de cette notion - la clandestinité - dans l'histoire de la culture russe.

Les propositions de communications (en russe, français ou anglais) sont à envoyer à l'adresse suivante :
 francoise.lesourd@univ-lyon3.fr


  • Les conversions (fin 2010) en collaboration avec Paris 8 (Alexandre Lavrov).

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